Médias

«Le Matin» tire sa révérence en mode funéraire

Triste manchette et Une en forme d’avis mortuaire. Dans sa dernière édition, riche de 64 pages samedi, le quotidien orange dit adieu à ses lecteurs

Sa Une sobre et livide en forme de faire-part de décès ne laisse place à aucun doute, Le Matin ne se lèvera plus. Le quotidien orange publie samedi son dernier numéro papier avec émotion.

Sur soixante-quatre pages, les membres de la rédaction du Matin offrent à leurs lecteurs leurs derniers scoops, leurs ultimes révélations, leurs papiers finaux. Ils parlent de leurs aventures quotidiennes ou extraordinaires, expliquent l’ADN orange, leurs rencontres inoubliables. Chacun y a mis son grain de sel, affirme Simon Koch, rédacteur en chef adjoint, dans son édito.

Lire aussi: Le dernier adieu au «journal des gens»

En feuilletant cette édition qui s’annonce déjà collector, on rencontre tous les corps de métiers liés au canard: de la production au service photo en passant par les graphistes sans oublier les livreurs et poseurs de manchettes, les kiosques, et bien sûr les journalistes. Eux pour l’occasion ont ajouté à leur signature, leur date d’arrivée au sein du Matin papier. Ce dernier numéro se charge de rappeler d’une croix noire, celle de leur départ.

Hommage aux lecteurs

Mais ce n’est pas tout. Le quotidien n’oublie pas de rendre hommage à tous ses lecteurs en publiant huit pages de trombinoscope de quidams. Il imprime aussi une dernière fois les bobines des peoples et politiques qui ont fait un jour ses gros titres.

Le Matin ne sera donc plus que .ch mais son équipe veut en conserver «tout l’esprit», écrit samedi le nouveau rédacteur en chef de la formule numérique Laurent Siebenmann. Ce passage du papier au digital est une volonté de l’éditeur zurichois Tamedia qui affirme que le journal a perdu 34 millions de francs au cours des dix dernières années. Il veut désormais le développer comme «une marque numérique solide avec une rédaction dédiée".

Ironie du sort, en page 12, une publicité aguiche le lecteur: en cas de dettes, «nous avons la solution». Clin d’oeil de la rédaction ou de l’entreprise? Nous ne le saurons sans doute pas. La dernière page se tourne. Et l’endiablé Nelson à la bouille dépitée lâche lui aussi un dernier «Adieu».

Euthanasié le 21 juillet

Malicieux, Le Matin n’a pas oublié d’envoyer son avis de décès. «Le Matin né Tribune de Lausanne en 1893 a été euthanasié à l’aube du 21 juillet 2018, à l’âge de 125 ans, sans mesures palliatives», lit-on à la rubrique nécrologique du Temps et en encadré dans La Liberté. «En lieu et place de fleurs, la famille vous encourage à payer pour l’information».

La presse romande, elle, pleure son camarade. «Un dernier soir avec ceux qui fabriquaient Le Matin», titre 24heures; «Le Matin tourne la page», écrit La Tribune de Genève; «Le Matin avant le clap de fin» disent La Liberté et ses partenaires. Car plusieurs titres se sont invités dans les dernières séances de rédactions du Matin. Et en cette fin de semaine, ils racontent ce que Le Temps qualifie de «lente agonie».

Le Nouvelliste revient quant à lui sur «l’âge d’or d’un quotidien désormais disparu». Il rappelle que le quotidien orange n’est pas mort seul. Il a emporté avec lui «des millions de mètres carrés de papier, de polémiques, d’enquêtes, de faits divers, de peopoleries, de scandales, d’histoires animalières et de petites annonces bestiales».


La grève reste suspendue

La grève chez Tamedia reste suspendue. Les rédactions romandes se donnent jusqu’au 3 septembre pour obtenir des avancées sur le plan social et des postes supplémentaires pour la version numérique du Matin. Le dernier numéro sur papier du quotidien romand sort samedi.

«On garde nos exigences, mais on se laisse du temps pour se parler», a expliqué vendredi à Keystone-ATS Patricia Alcaraz, secrétaire syndicale chez syndicom. Les discussions devraient se dérouler auprès de l’Office vaudois de conciliation que Tamedia va saisir pour discuter du plan social pour ses employés licenciés. L’éditeur a annoncé le licenciement de 36 personnes, dont 22 dans la rédaction.

Une septantaine de personnes de tous les titres romands de Tamedia ont participé vendredi à une assemblée générale, à Lausanne. Un préavis de grève au 3 septembre a été très largement accepté, avec quatre abstentions et une voix contre, selon Patricia Alcaraz.

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