Un rejet de son initiative fiscale, une victoire éclatante de l’initiative de l’UDC et un rejet net du contre-projet. Bref, un double échec pour la gauche. Une remise en question? Tout de même pas. Le président du Parti socialiste, Christian Levrat, préférait souligner les 41,5% en faveur de l’initiative fiscale, soit «15% de voix en plus que la gauche réunie». «Nous avons réussi à poser le problème de l’injustice fiscale, et les Suisses se sont montrés prêts à en débattre.» «Déçu, bien sûr», le conseiller national fribourgeois se disait «plutôt satisfait de l’exercice».

Et Christian Levrat d’avertir la droite: plutôt que de pavoiser, elle devrait voir dans les résultats un «avertissement sans frais». Une droite contre laquelle la gauche n’aurait pas lutté à armes égales. «Le matraquage publicitaire a payé. Cela n’achète peut-être pas les votes, mais cela permet d’imposer les idées.»

Moyens démesurés de la droite, «30 à 40 fois supérieurs aux nôtres», l’argument a été repris à l’envi par les socialistes réunis hier au «Lötschberg», bistrot valaisan de la capitale. Du conseiller aux Etats fribourgeois Alain Berset en passant par les conseillers nationaux Roger Nordmann (VD) ou Hans-Jurg Fehr (SH), tous ont dénoncé une campagne inégale. Sur le fond, Alain Berset soulignait que la solution proposée par son parti était «très modérée. Ce n’est pas pour rien qu’elle a été combattue si vivement. Les cantons font une grave erreur s’ils pensent que la question est réglée».

«Monter une Suisse contre l’autre»

En ce qui concerne l’initiative de l’UDC, Christian Levrat a rejeté l’idée que les dissensions au sein de son parti sur l’acceptation ou non du contre-projet aient pu semer le trouble dans l’esprit des électeurs. «Les derniers sondages que j’ai eus en main montrent que 80% des électeurs socialistes ont voté contre l’initiative. Mais j’avais des craintes sur le résultat dès que j’ai constaté le manque d’engagement dans la campagne des radicaux. Quant à l’UDC, elle a une nouvelle fois montré sa capacité à monter une Suisse contre l’autre.»

Engagée corps et âme à la fois contre l’initiative et le contre-projet, Ada Marra assurait n’avoir aucun regret. «Nous devions avoir un discours clair. Nous ne pouvons pas tirer tout le monde vers le bas.» La conseillère nationale vaudoise s’est réjouie que l’UDC «ne marque pas de points en Romandie (hormis en Valais, ndlr)». Et de conclure: «C’est maintenant, avec l’applicabilité, que nous allons rire. Quant à moi, jamais je ne voterai l’automaticité du­ ­renvoi.»