Retraites

«Je m’attends à une situation assez chaotique pendant longtemps»

Défait, le président du Parti socialiste (PS) Christian Levrat se fixe trois lignes rouges en vue d’une prochaine réforme

Le Temps: Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné pour vous?

Christian Levrat: Les opposants ont fait une bonne campagne. Ils ont réussi à désécuriser à la fois les jeunes, les personnes âgées, les salariés, les femmes. Et ces craintes font que les non s’additionnent. Ceci dit, il ne faut pas se tromper. On a ce dimanche un non de droite qui est assez dur, que je considère comme majoritaire, auquel malheureusement s’est ajouté un non de gauche qui me paraît peu compréhensible compte tenu de la discussion qui nous attend.

Lire également notre éditorial: Courage, Monsieur Berset

N’avez-vous pas sous-estimé le non des femmes et des syndicalistes au sein même de votre base, en présentant un front uni uniquement en apparence?

Je ne le crois pas. Si je regarde les résultats dans les villes et cantons où le PS et les forces progressistes sont fortes, je vois que notre électorat était probablement assez uni derrière la réforme. C’est à droite et parmi les gens moins politisés que les choses se sont révélées plus difficiles. Nos adversaires sont finalement parvenus à faire entendre à chacun ce qu’il voulait entendre.

Lire aussi: Prévoyance, les raisons d’un échec cruel pour Alain Berset

Avec le vote sur la RIE III, vous aviez clamé la victoire de votre stratégie d’opposition constructive. Aujourd’hui, la droite y met un coup d’arrêt brutal.

Non, nous sommes au cœur de cette stratégie d’opposition constructive. Nous avions trouvé un compromis qui nous semblait dans l’intérêt du pays. Il a été rejeté par la population. Nous allons poursuivre sur notre voie. Raison pour laquelle nous traçons déjà des lignes rouges: pas d’augmentation de l’âge de la retraite des femmes si elle n’est pas compensée par ailleurs. Pas de hausse de l’âge de la retraite au-delà de 65 ans, pas de baisse du niveau des rentes. Ce sont des lignes rouges qui me paraissent relever du bon sens.

Mais quels compromis êtes-vous prêts à faire en direction de la droite?

Nous avions déjà fait un compromis pour arriver au vote d’aujourd’hui. Je constate que l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes vient d’être rejetée pour la deuxième fois, que la baisse du taux de conversion vient d’être refusée pour la deuxième fois et que nous aurions vraisemblablement gagné si nous avions obtenu une majorité au parlement pour étendre aux retraités actuels la hausse des rentes AVS de 70 francs.

Vous ne répondez pas à la question

J’attends de voir ce que la droite nous présente. En deux heures dimanche après-midi, elle a réussi à livrer trois messages contradictoires – émanant tous de l’USAM – qui nous parlent de baisse du taux de conversion LPP, de hausse de l’âge de la retraite à 67 ans et d’une AVS inchangée. Nous ne sommes pas d’accord. Pour nous, le temps aujourd’hui n’est pas à présenter un plan B. Nous avons dit qu’un non entraînerait de grandes difficultés politiques. Je m’attends à ce que nous nous trouvions dans une situation assez chaotique pendant longtemps.

Dossier
La bataille des retraites

Publicité