olympisme

Matthias Aebischer: «Si le CIO ne se remet pas en question, les JO d'hiver sont morts»

Président du groupe parlementaire sportif, qui compte 180 membres sous la Coupole, Matthias Aebischer (PS/BE) se désole du non valaisan à la candidature de Sion 2026

Le Temps: Matthias Aebischer, êtes-vous déçu de la décision du peuple valaisan?

Matthias Aebischer: Oui, c’est très dommage! Car l’avenir des JO d’hiver, c’est un événement beaucoup moins grand qu’à Pyeongchang cette année et à Pékin en 2022, et surtout à un endroit où il y a de la neige. A cet égard, la Suisse alpine est idéale pour cela. Toutes les installations existent déjà, même si c’est de manière décentralisée. A Saint-Moritz, nous avons même une piste de bob naturelle.

En Valais et même en Suisse, votre propre parti était opposé aux JO. C’est votre collègue Silva Semadeni qui a fait adopter une motion réclamant un vote populaire...

A vrai dire, notre discours est assez proche. Silva Semadeni prétend que le CIO a sombré dans le gigantisme et la corruption, et que jamais il ne pourra concilier l’organisation de Jeux olympiques et des impératifs de durabilité. Elle ne veut donc rien avoir à faire avec un tel CIO. Moi, je pense pour ma part qu’il faut réformer le CIO et redimensionner les Jeux. Car je prétends le plus sérieusement du monde que la charte olympique se lit comme le programme du Parti socialiste!

Vraiment?

Mais oui! A son origine, cette charte proclame l’égalité entre les peuples et entre les genres. Elle est aussi un projet de paix. J’ai assisté aux JO d’été à Sidney en 2000. Cette année-là déjà, les athlètes des deux Corées étaient entrées sur le stade ensemble lors de la cérémonie d’ouverture, alors qu’on croyait cela impensable.

Est-ce la fin de toute candidature olympique suisse?

Oui, c’est clair. Le peuple des deux cantons – les Grisons et le Valais – qui se prêtent le plus à l’organisation de JO ont désormais dit «non». Je respecte bien sûr cette décision, même si je la déplore. Si vous demandez même en Asie, en Afrique ou en Amérique du Sud où le CIO doit organiser des JO d’hiver, vous pouvez être sûr que la Suisse figurera en tête des cinq pays cités qui sont susceptibles d’accueillir une telle manifestation. Mais le peuple suisse refuse de le faire dans les conditions cadres actuelles.

Est-ce aujourd’hui une défaite du CIO?

Tout-à-fait. C’est une défaite pour l’idée olympique en général. Dans l’immense majorité des pays démocratiques en Europe, elle ne séduit plus personne. Le CIO a désormais un vrai problème. Il n’est plus crédible lorsqu’il attribue des JO d’hiver encore une fois à une ville comme Pékin où il n’y a quasiment pas d’installations de sport d’hiver. Il faut qu’il se remette totalement en question. D’une part, il doit mettre un terme au gigantisme et à la corruption. D’autre part, il doit s’engager sérieusement pour des Jeux respectueux de l’environnement et donner des garanties financières aux villes organisatrices en cas de déficit. Sinon, les JO d’hiver sont morts!

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