C'est en toute simplicité que Neuchâtel fait le saut du bilinguisme à l'école. A partir de la prochaine rentrée, le canton propose à ses lycéens d'étudier les maths ou l'histoire en allemand ou en anglais. La maturité français-anglais est une première romande.

Fort de sa tradition d'accueil d'étudiants alémaniques, le Lycée Jean-Piaget à Neuchâtel a ouvert les feux cette année: 17 élèves suivent les cours de biologie, d'histoire et d'arts visuels en allemand. «L'expérience se passe à merveille», constate le directeur Mario Castioni. L'école proposait également une classe français-italien, mais a dû renoncer, seuls trois élèves s'y étant inscrits.

Un choix naturel

Les deux autres lycées du canton, Blaise-Cendrars à La Chaux-de-Fonds et Denis-de-Rougemont à Neuchâtel et Fleurier, introduiront la maturité bilingue dès le mois d'août, une maturité français-anglais. Le choix de l'anglais comme langue d'enseignement pour les maths, l'histoire, la géographie, la philosophie et la chimie n'est pas politique, précise Claude-Eric Hippenmeyer, directeur du Lycée Blaise-Cendrars.

Après avoir vertement critiqué la décision zurichoise d'enseigner l'anglais avant le français à l'école obligatoire, Thierry Béguin retourne-t-il sa veste en cautionnant la maturité français-anglais? «L'une des missions de l'école est d'enseigner les langues, rétorque-t-il. Nous prétendons qu'il faut commencer par celle du voisin. Mais cela ne signifie pas qu'il faut le faire au détriment de l'anglais. Au gymnase, après l'école obligatoire, il est naturel d'offrir le choix entre l'allemand et l'anglais.»

Si Neuchâtel donne peu de retentissement au lancement de ses maturités bilingues, c'est qu'il craint d'être dépassé par le succès. «Le nombre d'élèves sera limité en fonction de la faisabilité», précise la brochure d'inscription. Une seule classe bilingue d'une vingtaine d'élèves sera ouverte à La Chaux-de-Fonds, une à deux classes à Denis-de-Rougemont, une voire deux classes français-allemand à Jean-Piaget. Seuls 10% des 780 élèves qui entameront leur cursus gymnasial accéderont à l'enseignement bilingue.

«L'offre s'adresse à des élèves motivés qui ont de bons résultats scolaires, notamment en anglais», préviennent les directeurs. «Il ne faut pas cacher la difficulté d'une telle filière pour des élèves qui n'auront appris les rudiments de l'anglais que durant deux ans à l'école secondaire», avertit Jean-Jacques Clémençon, directeur du Lycée Denis-de-Rougemont. Dès la prochaine rentrée, Neuchâtel avancera d'ailleurs l'apprentissage de l'anglais à la 7e année dans sa section maturité.

Au lycée, l'enseignement dans la langue étrangère concernera un tiers des cours. «Les exigences des branches enseignées en langue anglaise, comme les mathématiques, ne sont en rien réduites», précise Claude-Eric Hippenmeyer. L'offre bilingue dépend donc de la présence d'enseignants capables de dispenser leur savoir dans une langue étrangère. «Nous avons la chance d'avoir un petit staff de profs qui ont pratiqué dans un pays anglophone», constate le directeur de Blaise-Cendrars. «Lors d'engagements de nouveaux enseignants, on privilégiera les candidatures de personnes pouvant enseigner dans une autre langue, relève Christian Berger, chef du Service cantonal de l'enseignement moyen-supérieur. Les échanges sont aussi possibles, avec nos voisins bernois pour l'allemand ou avec les pays anglophones.»

Des ambitions mesurées

Le délai d'inscription courant jusqu'au 7 mars, il n'est pas encore possible de vérifier que l'offre neuchâteloise répond au besoin. «Mais cela part très fort», avertit Jean-Jacques Clémençon. Et si la demande dépassait l'offre? «Nous ferons tout pour faire face et ne cesserons en aucun cas l'expérience, sous prétexte d'être débordé», répond Thierry Béguin, faisant allusion à la tergiversation vaudoise. Soulignant que «la maturité bilingue exigera un très gros engagement de la part des élèves», estimant qu'une première sélection interviendra naturellement, le ministre annonce qu'il est prêt à mettre en place une forme de numerus clausus si nécessaire. «La maturité bilingue doit être maintenue dans des propositions adaptées à un petit canton comme le nôtre.» «L'objectif n'est pas de former de parfaits bilingues, reprend Thierry Béguin. Nous en resterons au principe de l'immersion sectorielle et n'irons pas vers un bilinguisme généralisé. A mes yeux, l'apprentissage de la langue maternelle, orale et écrite, reste primordial. Je suis parfois déçu des performances de nos élèves dans ce domaine.»