La ministre Anita Rion risque de passer un sale jeudi après-midi. Elle a convoqué le corps professoral du lycée de Porrentruy pour l'informer du préavis de la Commission fédérale de maturité, qui émet de «sérieuses réserves» à propos du projet jurassien de nouveau baccalauréat qu'elle a présenté.

Anita Rion dispose du rapport fédéral depuis le 12 juillet. Parce qu'il ne lui est pas favorable, elle a tenté de le tenir secret le plus longtemps possible. Malgré ses embargos, elle n'a pas pu empêcher les fuites. Depuis quelques jours, les professeurs disposent du rapport fédéral. Ils se demandent ce que va bien pouvoir leur dire la ministre ce jeudi. La séance s'annonce houleuse, le sujet étant source de polémique depuis plusieurs mois dans le Jura. Anita Rion, malgré la présence de son staff du service de l'enseignement, risque de se trouver bien seule: les nombreuses réserves des profs, ignorées par le Département, sont reprises par la commission fédérale. Comme l'annonçait Le Temps le 13 août, la commission pose un sérieux bémol quant à la durée des études menant à la maturité. Le Jura a décidé que le lycée ne comprendrait que trois ans. L'ordonnance fédérale exige un cursus de quatre années. Le Jura affirme que son école secondaire à niveaux fait l'affaire. La commission fédérale «émet cependant de sérieuses réserves», réaffirmant la nécessité de préparer spécifiquement la maturité sur quatre ans, exigeant une 9e année secondaire avec un «enseignement cohérent, coordonné et organisé spécialement en vue de la maturité». Elle invite fermement le Jura à «regrouper les élèves en vue du lycée, au moins en 9e année». Le Département de l'éducation n'a jusqu'ici jamais voulu en entendre parler.

La commission fédérale s'en prend aussi à deux particularités cantonales: le Jura permet à des enseignants sans titre universitaire de pratiquer au degré 9. «Nous vous incitons à la retenue», avertit-elle. La «voie longue», qui permet aux élèves d'une école supérieure de commerce d'acquérir la maturité après une année seulement au lycée, est elle aussi critiquée. «Cette entorse peut être tolérée, pour autant qu'elle reste exceptionnelle».

Pour éviter de froisser l'autorité jurassienne, la commission fédérale exprime ses «sérieuses réserves» avec diplomatie. Mais le camouflet est bien réel. Il est d'autant plus cinglant pour les défenseurs de l'école publique que cette même commission décerne un préavis favorable sans réserve au collège Saint-Charles, une école privée que l'autorité non démocrate-chrétienne qualifie volontiers de seconde zone.

La grogne vis-à-vis d'Anita Rion dépasse aujourd'hui le cercle des professeurs du lycée. Une large frange du Parti radical, le parti de la ministre, grince des dents, surtout qu'Anita Rion ne daigne même plus participer aux séances du groupe parlementaire. Un élu menace: «Ou elle change d'attitude et vire son chef de service François Laville, ou nous la lâchons.» Elle a encore vexé les siens en nommant dans son service un non-radical pour remplacer l'ancien président du PLR Georges Rais, qui prend sa retraite. De plus en plus d'observateurs et d'acteurs de la politique jurassienne spéculent désormais sur la démission de la ministre, toujours plus esseulée.