Conseil fédéral

Maudet et Moret, ces inconnus que découvrent les Alémaniques

Après avoir passé au scanner la carrière d’Ignazio Cassis, les médias alémaniques commencent à se passionner pour le duel entre Pierre Maudet et Isabelle Moret

Bien que cette élection ne les touche pas vraiment, les médias alémaniques ne boudent pas la succession de Didier Burkhalter. Alors qu’ils connaissent bien le favori Ignazio Cassis de par sa fonction de chef du groupe PLR – ils pensent tous qu’il figurera sur la première place du ticket le 1er septembre prochain –, ils ne font que découvrir les candidats romands. Ils commencent même à se passionner pour ce qui constituera une primaire, à savoir le match opposant Isabelle Moret et Pierre Maudet pour la deuxième place du ticket. Car, à l’heure actuelle, les ténors du PLR ne privilégient pas un ticket comprenant les trois prétendants.

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Un journal a déjà arrêté sa position, et pas n’importe lequel: la NZZ, dont les correspondants parlementaires ont encore assisté aux séances de groupe du PLR jusqu’au début des années 2000. Dans un commentaire, Michael Schoenenberger a écrit que «la prétention du Tessin à un siège au Conseil fédéral est prioritaire». Il élimine d’emblée Isabelle Moret de la course dans la mesure où il ne distingue aucune bonne raison d’élire un deuxième Vaudois au Conseil fédéral. «On se croit un peu trop important du côté de Lausanne.»

L’atout femme pour Moret

En revanche, les autres médias ont tout laissé ouvert jusqu’à présent. Pour eux, c’est avant tout la question des femmes qui pourrait inquiéter Ignazio Cassis. Ce qui jouerait donc en faveur d’Isabelle Moret. Le Tages-Anzeiger a même calculé qu’elle pourrait parvenir à 125 voix dans le meilleur des cas. Plusieurs journaux relèvent qu’elle «a le vent en poupe». Paradoxalement, c’est l’actuelle présidente de la Confédération, Doris Leuthard, qui a indirectement fait monter ses actions. En programmant son départ, elle a soulevé la question de la représentation des femmes au gouvernement, dont il serait inacceptable qu’elle se résume à la présence de Simonetta Sommaruga.

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Après avoir beaucoup hésité, la présidente des femmes PLR, Doris Fiala, appelle désormais à soutenir pleinement Isabelle Moret. La présidente des Verts, Regula Rytz, ajoute que l’élection de la Vaudoise, maman séparée de deux enfants en âge de scolarité, donnerait l’image d’une société moderne en Suisse. Quant au président du PBD, Martin Landolt, il a aussi indiqué qu’il jouerait l’atout femme.

D'importants handicaps à surmonter

Outre celui de sa provenance, Isabelle Moret a pourtant d’importants handicaps à surmonter. On l’ignore en Suisse romande, mais bien qu’ayant été vice-présidente du PLR national, elle est peu connue outre-Sarine, même des commentateurs de la coupole fédérale. «Pour moi, elle ne joue pas un rôle majeur au parlement. Dans le dossier de la réforme des retraites, nous, les Alémaniques, n’avons vu qu’Ignazio Cassis et Karin Keller-Sutter dans le camp des opposants», relève Hubert Mooser, correspondant de la Weltwoche. De plus, à droite du parlement, elle passe pour une «PLR de gauche», selon la Basler Zeitung, voire une «bourgeoise de façade». Elle n’y fera que très peu de voix.

Maudet, une campagne très pro

De son côté, le conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet a également un déficit de notoriété à combler, mais sa campagne ne passe pas inaperçue. «Elle est menée de manière plus professionnelle que celle d’Isabelle Moret. A cet égard, Pierre Maudet évolue dans une autre ligue», note Doris Kleck, de l’Aargauer Zeitung. Les correspondants parlementaires sont bluffés et soulignent tous son «inépuisable énergie, son audace et son flair d’animal politique». «Pierre Maudet a le format d’un conseiller fédéral», confie Christoph Nufer, chef du bureau de Berne de la TV alémanique SRF. «J’ai été impressionné par son accessibilité – il répond aux courriels dans le quart d’heure – et par sa maîtrise très correcte de l’allemand», ajoute-t-il.

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Le «candidat du contenu» a fait l’objet d’un portrait plutôt flatteur dans la NZZ, qui n’a cependant pas omis de relever qu’il avait tendance à «chercher des boucs émissaires» lors de certaines crises. Quant au Tages-Anzeiger, il vient de lui consacrer une interview d’une pleine page. Fidèle à lui-même, Pierre Maudet n’y a pas renié son credo européen, mais il en a aussi profité pour faire un appel du pied à la droite, y compris à l’UDC. «Le Département des affaires étrangères devrait davantage se consacrer aux questions économiques pour mieux soutenir nos exportateurs», a-t-il déclaré.

Consulter notre dossier sur la succession Burkhalter.

Les médias alémaniques en sont conscients: il sera difficile pour le PLR de ne pas présenter une femme sur son ticket à l’intention de l’Assemblée fédérale. «Mais si Pierre Maudet y figure, la course est totalement ouverte», conclut Christoph Nufer.

Dossier
Succession de Didier Burkhalter: l'élection d'Ignazio Cassis au Conseil fédéral

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