Portrait

Maurane Riesen, présidente autonomiste

Fille de pasteur, la biologiste doctorante de 25 ans fait une entrée remarquée dans le petit monde politique. Après avoir milité pour la réunion des Juras, que le Jura bernois a sèchement rejetée, elle est entrée au Conseil du Jura bernois, qu’elle préside actuellement

Elle est l’antithèse de la fonction. A 25 ans, deux ans seulement après une élection gagnée sur le fil, Maurane Riesen préside le Conseil du Jura bernois. Une institution originale créée par le canton de Berne pour permettre à ses francophones minoritaires de faire entendre leur voix politique. Voix consultative uniquement. Le rôle du CJB consiste à distribuer, dans le cadre légal bernois, 5 millions de subventions culturelles, patrimoniales et sportives par année. Une coquille vide, dénoncent les autonomistes dont se revendique Maurane Riesen.

La biologiste doctorante en épidémiologie à l’Université de Berne – elle dit ne pas avoir de plan de carrière, mais vouloir se diriger vers des activités liées à la santé publique – présente d’autres «anomalies»: issue d’une famille germanophone – mais elle a suivi sa formation en français –, fille de pasteur réformé, établie à Sonceboz dans le Jura bernois, à un saut de puce de Bienne et loin de Moutier, elle est autonomiste et socialiste.

Pour les jeunes et les femmes

Son moleskine ouvert à côté d’elle, où elle a pris quelques brèves notes, Maurane Riesen déconcerte. En guise de discours d’intronisation à la présidence du CJB où elle succède à l’UDC Pierre Alain Schnegg devenu ministre bernois, elle se limite à deux formules brèves: au travers de la médiatisation de sa présidence, elle souhaite que davantage de jeunes et de femmes s’engagent en politique. Elle lance aussi un pavé dans la mare, en prônant la transparence dans une institution, le CJB, qui tient ses séances plénières à huis clos.

Fière de sa réussite, intimidée aussi parfois, toujours souriante, Maurane Riesen ne boude pas son plaisir de faire de la politique. «J’apprends tellement de choses, et la politique interfère directement sur la vie des gens. Je crois aux effets bénéfiques du pouvoir de proximité.»

Elle s’affiche résolument à gauche. Elle dit être confortée dans ses avis par son éducation chrétienne. «La vie de Jésus, c’est un message très à gauche, presque communiste», dit-elle, engagée pour lutter contre les inégalités, partisane du revenu minimum et du revenu de base inconditionnel, «pour le signal donné, avec quelques craintes tout de même sur son application». Maurane Riesen est écolo convaincue. «L’écologie est indissociable de la gauche.» La biologiste dit s’épanouir aussi dans la nature, les randonnées, le ski, les voyages.

Idéologue pragmatique

Ses yeux souvent dirigés vers le plafond, se donnant du temps pour répondre aux questions, la jeune femme se décrit comme une «idéologue pragmatique». Capable de compromis. Ce sont ses formules. «J’ai des convictions, mais je suis quelqu’un qui remet toujours tout en question. Au plan scientifique, comme dans mon engagement politique.»

Ne faut-il pas être un peu schizophrène pour s’afficher autonomiste et présider une institution qui ancre le Jura bernois dans le canton de Berne? «Il y a eu le vote du 24 novembre 2013, répond-elle avec méthode. Avec le Mouvement universitaire jurassien, j’ai milité pour le oui à une assemblée constituante réunissant le Jura et le Jura bernois. Une majorité du Jura bernois n’en a pas voulu, il faut prendre acte. Mais cela n’empêche pas de se battre pour disposer de compétences régionales dans le canton de Berne. C’est mon but, comme celui du Conseil du Jura bernois. C’est aussi le rôle des autonomistes de siéger au CJB, d’y amener leur sensibilité. Les eurosceptiques sont également représentés à Strasbourg.» Alors, Maurane Riesen prend sa fonction de présidente très au sérieux. «Je suis respectueuse de la collégialité», dit-elle, osant tout de même «ajouter parfois une touche personnelle et donner de la visibilité à l’institution».

Militera-t-elle pour le transfert de Moutier dans le canton du Jura d’ici au vote de juin 2017? Elle flaire le piège et, avec solennité, elle se contente d’affirmer qu’il est «heureux que Moutier puisse choisir son canton. Mais il appartient aux Prévôtois de décider».

Liens avec la famille Zuber

Autonomiste qui se qualifie de «modérée», en opposition aux «excités», Maurane Riesen sait aussi se montrer irritée et tambouriner du poing sur la table lorsqu’on lui fait remarquer qu’elle s’est contentée de se réjouir de voir une femme et une jeune accéder à la tête d’une institution. Douterait-elle de ses compétences? Sa réponse est cinglante: «Ceux qui siègent avec moi savent que je m’investis dans les dossiers, pose des questions, donne son avis. Je ne suis en tout cas pas la femme alibi silencieuse.»

Ne serait-elle pas que la petite amie du fils du maître à penser du Parti socialiste autonome, Maxime Zuber? Ses yeux s’écarquillent. «J’admire Maxime Zuber pour tout ce qu’il a fait, sa manière de pratiquer la politique, de porter les dossiers. Mais j’ai mon propre personnage politique. Je vous ai dit que je remets toujours tout en question. C’est vraiment le cas. Je forge mes opinions, j’écris mes interventions. Mais je sais aussi puiser les bonnes compétences là où elles sont.» Aurait-elle profité de la notoriété de la famille Zuber pour accéder à de hautes fonctions? «Je suis élue du district de Courtelary, pas de Moutier, corrige-t-elle. Ma relation avec Valentin Zuber n’est pas cachée, mais elle n’a pas d’influence sur ma façon de faire de la politique.»

Il n’empêche, elle a accepté la photo glamour publiée par Le Matin Dimanche. «Je n’étais pas emballée par l’idée, je craignais une décrédibilisation de mon personnage politique en mélangeant engagement politique et vie privée.»

D’aucuns estiment que la présidence de l’institution régionale du Jura bernois peut servir de tremplin à Maurane Riesen. Jusqu’à en faire une candidate au Conseil d’Etat bernois en 2018. L’étudiante sourit, dit son «plaisir à faire de la politique» et avoue «faire ce qui m’intéresse sur le moment». Dans sa formation comme en politique. Sans plan préétabli. «Mon engagement me plaît, j’ai envie de le poursuivre. Comme avec tout ce qui se présente à moi, je n’exclus rien.» Maurane Riesen contourne habilement la proposition en lançant un appel à la réconciliation des gauches du Jura bernois, déchirées par la Question jurassienne. «Un candidat au gouvernement cantonal devra faire primer les enjeux socialistes, ce d’autant que Moutier aura voté sur son avenir institutionnel.»


Profil

1991 Naissance à Berne, trois ans à Saignelégier, puis installation de sa famille à Sonceboz

2013 Membre du Mouvement universitaire jurassien (MUJ) qui milite pour la réunion des Juras

2014 Master en biologie des parasites et en éco-éthologie aux universités de Neuchâtel et de Liverpool

2014 Election au Conseil du Jura bernois sur la liste du Parti socialiste autonome

2016 Première femme à présider le Conseil du Jura bernois

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