MEMOIRE

Maurice Bavaud: la Suisse en faute

Pascal Couchepin doit diffuser aujourd'hui une déclaration soulignant les manquements des autorités de l'époque envers ce Neuchâtelois qui voulait tuer Hitler.

Il y aura 70 ans dimanche que Maurice Bavaud, étudiant neuchâtelois en théologie, a voulu assassiner Hitler, le 9 novembre 1938 à Munich, à la veille de la Nuit de Cristal. Trop de bras levés l'empêchèrent de faire usage de son arme. Il mourra décapité le 14 mai 1941 pour avoir voulu débarrasser la Suisse d'une menace pour son indépendance, et le monde d'un danger pour la chrétienté et l'humanité tout entière, comme il devait l'expliquer à ses juges.

Il avait 25 ans. Ce vendredi, le président de la Confédération, Pascal Couchepin, diffusera une déclaration écrite reconnaissant que, avec le recul, les autorités suisses de l'époque ne se sont pas suffisamment engagées en faveur de leur ressortissant arrêté, torturé par la Gestapo, condamné à mort et exécuté.

Avec cette déclaration, le Conseil fédéral répond favorablement à une motion déposée le 3 octobre dernier par le conseiller national Paul Rechsteiner (PS/SG), indique le porte-parole du gouvernement Oswald Sigg, confirmant une information du Tages-Anzeiger.

«Pas à la hauteur de leurs responsabilités»

Le socialiste saint-gallois réclamait que le Conseil fédéral exprime à la fois le respect et la reconnaissance du gouvernement pour la tentative de Maurice Bavaud d'éliminer Hitler, et le regret que les autorités suisses de l'époque ne soient pas intervenues en faveur de leur jeune compatriote auprès de l'Allemagne.

En 1998 déjà, répondant au même Paul Rechsteiner, le Conseil fédéral avait admis «qu'avec le recul, le gouvernement suisse de l'époque et ses représentants, y compris la légation suisse à Berlin, ne se sont pas suffisamment engagés en faveur de Maurice Bavaud et n'ont dès lors pas été à la hauteur de leurs responsabilités. Maurice Bavaud a peut-être pressenti les effets funestes qu'Hitler aurait sur le monde et en particulier sur l'Europe. Comme d'autres qui ont tenté, hélas sans succès, de mettre fin à cet épisode douloureux de l'histoire, il mérite notre reconnaissance et garde une place dans notre mémoire.»

C'est un texte très semblable qui doit être diffusé vendredi. On sait aujourd'hui que Maurice Bavaud n'a pas bénéficié de manière satisfaisante de la protection diplomatique que les Etats doivent assurer à leurs ressortissants détenus et mis en accusation à l'étranger. Le représentant de la Suisse à Berlin à l'époque, Hans Fröhlicher, y était visiblement très réticent, pour ne pas dire franchement hostile.

Après la guerre, les autorités allemandes n'ont jamais pleinement réhabilité Maurice Bavaud à titre posthume. Dans les années 1950, son père obtint cependant des tribunaux allemands l'annulation de la condamnation à mort. En Suisse, le destin de Maurice Bavaud a été connu du public notamment grâce à un livre de Niklaus Meienberg paru en 1980. En 1989, le conseiller fédéral René Felber avait écrit à la famille de Maurice Bavaud une lettre reconnaissant et regrettant les «manquements de l'administration de l'époque».

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