Jamais un démocrate chrétien n’a encore quitté le gouvernement valaisan sans avoir accompli ses trois mandats. Pour Maurice Tornay, qui aime clamer son estime des institutions, c’est sans doute une question d’honneur. Alors au téléphone, il cache son amertume: «Je communiquerai en temps voulu». Les journalistes reviennent inlassablement le hanter avec la question de sa candidature à une réélection. Pendant longtemps, il dissimulait mal son envie de s’accrocher à son siège. En bon démocrate chrétien, il répétait: «Je dois d’abord consulter ma famille». Aujourd’hui, tout indique que sa famille politique ne souhaite pas qu’il s’invite dans une nouvelle campagne. Et qu’il s’apprête à déclarer forfait devant le fait accompli.

Le 12 mai prochain, le parti démocrate chrétien se réunira pour désigner ses candidats au gouvernement. Il ambitionne de conserver ses trois sièges sur les cinq qui composent le Conseil d’Etat valaisan. S’il entend poursuivre sa carrière, le ministre des finances devra affronter Christophe Darbellay, candidat à la candidature depuis presque quatre ans. En 2008, Maurice Tornay avait d’ailleurs obtenu sa place sur le ticket en infligeant une défaite inédite au président de son parti, pour près de 200 voix sur 2400. Le duel avait aggravé la fracture historique qui oppose les conservateurs aux chrétiens sociaux. Un second round et ses inévitables déçus pourraient affaiblir encore les démocrates chrétiens.

La semaine dernière, les calculettes ont travaillé dur. Pour pouvoir voter le 12 mai, il fallait adhérer au parti avant le 12 février dernier, à minuit. Entre 500 et 1000: Aujourd’hui personne ne communique de chiffres, mais le parti a enregistré de nombreux nouveaux membres. Cette fois, ils sont dans le camp de Christophe Darbellay. Le président du PDC Suisse a appris de son échec. Il a longuement préparé son coup, s’acharnant à convaincre les différentes sections de son parti. Homme de chiffres, Maurice Tornay a compris que le match est déjà joué. Son cercle de fidèles a fondu. En insistant, il s’expose à une cuisante défaite devant les siens. Dans les coulisses, les mots sont parfois durs. Dans les médias, personne ne le soutient publiquement.

L’affaire Giroud a mis fin à la carrière du ministre

Quelque mois après la réélection du ministre des finances, Le Temps révélait que Dominique Giroud avait caché 18 millions de francs de revenus et neuf millions de bénéfices aux autorités fiscales. Maurice Tornay a longtemps révisé les comptes de l’encaveur, et tout indique qu’il en savait beaucoup sur la fraude de son client. Elle allait le poursuivre pendant plus de deux ans. En décembre dernier, le procureur extraordinaire Dick Marty classait la procédure en rappelant des faits troublants. Fin janvier, Le Matin Dimanche dévoilait que le vigneron communiquait avec le Conseiller d’Etat grâce à une ligne cryptée. Même en plaidant l’acharnement médiatique contre un honnête homme, les démocrates chrétiens craignent d’inviter dans la campagne une affaire qui n’en finit pas de les embarrasser.

Face aux Valaisans, le président du PDC Suisse semble beaucoup mieux armé que le ministre des finances. En 2011, Christophe Darbellay était le mieux élu des parlementaires valaisans au Conseil national. Aujourd’hui, il enchaîne les prestations médiatiques pour défendre l’initiative «contre la pénalisation du mariage». En 2013, Maurice Tornay était le moins bien élu des cinq ministres du canton. C’était avant que l’affaire Giroud n’explose et que le rapport d’une commission d’enquête parlementaire ne critique sévèrement sa gestion de l’affaire qui a secoué l’hôpital du Valais, le forçant à un mea culpa devant le Grand conseil.

Malgré les vents contraires, le ministre des finances persiste toujours à entretenir l’incertitude. Beaucoup le décrivent «amer», «fâché» contre un PDC qui l’a lâché parce qu’il n’est pas le meilleur candidat et qu’il traîne l’affaire Giroud à son pied. L’échéance fixée par la direction du parti approche, et la décision semble arrêtée: Il n’y aura pas de duel entre les deux vieux ennemis. En attendant une annonce publique, le temps qui passe montre que le ministre qui rêvait d’un troisième mandat peine à accepter ce désamour fatal. Il lui sera difficile de sortir par une grande porte, avec les honneurs.