Analyse

Maurice Tornay s’efface devant Christophe Darbellay

Le ministre valaisan des finances ne sera pas candidat à sa propre succession. Christophe Darbellay a désormais le champ libre pour faire la guerre à Oskar Freysinger

Amer, Maurice Tornay a choisi Le Nouvelliste pour annoncer qu’il ne briguera pas un nouveau mandat. Moins d’une semaine après le retrait de son collègue Jean-Michel Cina, l’information ne surprend pas. Depuis trois ans, le ministre était sous pression, traînant l’affaire Giroud comme un boulet à son pied pendant que le président du PDC suisse Christophe Darbellay revendiquait son siège. Depuis de longues semaines, le ministre se murait dans le silence.

A 63 ans, Maurice Tornay justifie sa décision par le temps qui passe. Mais le ministre est affaibli politiquement. Il a été forcé à reconnaître ses erreurs dans la crise qui a secoué l’hôpital du Valais et tout indique qu’il en savait beaucoup sur la fraude fiscale d’un ancien client de sa fiduciaire, Dominique Giroud. Interrogé par les médias valaisans, il soutient pourtant que «ces éléments n’ont pas été déterminants».

Dans un communiqué élogieux, les démocrates chrétiens vantent le bilan d’un «pilier du parti». Mais ce dernier a longtemps espéré s’accrocher à son siège, et il ne semble pas avoir trouvé les soutiens indispensables chez les siens. Christophe Darbellay a remporté la campagne interne. Les proches du ministre ne cachent pas leur rancune: Maurice Tornay a été lâché par les instances de son parti.

Le retrait de Maurice Tornay apaise le parti

En 2008, les deux hommes s’étaient déjà affrontés pour une place au gouvernement, et Maurice Tornay avait infligé une défaite inédite à Christophe Darbellay. La bataille avait aggravé la fracture historique entre les conservateurs et les chrétiens sociaux. En déclarant forfait, le ministre n’a pu s’empêcher de juger «indécente» la manière dont son adversaire a annoncé sa candidature, très tôt et dans la presse.

Pour Christophe Darbellay, «le retrait de Maurice Tornay apaise le parti», qui évite une lutte fratricide avant une campagne importante. Désormais, tout indique qu’il retrouvera bientôt son adversaire Oskar Freysinger au gouvernement. Les rapports de force de l’exécutif s’en trouveraient modifiés. Si le ministre UDC bénéficiait jusqu’ici du soutien inconditionnel de Maurice Tornay, Christophe Darbellay semble promettre de lui mener la vie dure.

Après s’être affronté à Berne pendant douze ans, les deux hommes devraient se livrer un nouveau duel en mars prochain, face aux électeurs. Le mieux élu sera sans doute l’homme fort du prochain gouvernement valaisan.

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