«J'ai une ligne et je m'y tiens, persuadé que la ligne, c'est ce qui permet d'aller le plus vite au but.» Ainsi Maurice Tornay, candidat à la candidature pour le Conseil d'Etat valaisan, commente-t-il sa réputation de père la rigueur, ce conservatisme collant, aussi, dont on le frappe à répétition, au sein du PDC et en dehors. La même règle de logique lui fait admettre que, sur le carton d'invitation à la conférence de presse organisée hier pour présenter son programme de campagne, l'annonce de ses «propositions révolutionnaires pour les dix prochaines années en Valais» s'est imposée avant tout pour «intéresser les journalistes».

Soutenu dans les vallées

A l'aube de ses 56 ans, aussi conformiste soit-il, Maurice Tornay s'offre deux grands défis pour le prix d'un. Il brigue le poste de Jean-Jacques Rey-Bellet au Conseil d'Etat. Dans la foulée, et comme l'ont voulu les aléas du jeu politique, il se mesurera à Christophe Darbellay. Le président du PDC Suisse a également été le conseiller national valaisan le plus plébiscité lors des dernières élections (46 000 voix), faut-il le rappeler, et fait figure de machine électorale. Dès aujourd'hui, chacun a trois semaines pour convaincre une majorité des membres du PDC qu'il est celui à asseoir au gouvernement pour représenter le Bas-Valais. 3000 votants sont attendus lors du Congrès cantonal à Conthey le 6 juin pour sceller ces destins.

Si la campagne de Maurice Tornay a débuté en novembre dernier déjà, s'amorce aujourd'hui beaucoup plus explicitement ce qu'en Valais on décrit comme le duel de deux courants de pensée au sein du PDC. Face au modernisme insolent de Christophe Darbellay, le conservatisme prudent de Maurice Tornay semble devoir se dépoussiérer pour convaincre. Il faut dire qu'électoralement, l'Entremontant est soutenu par des caciques du PDC, souvent de fonds de vallée. L'homme ne se défend pas d'un certain traditionalisme mais se dit prêt à éclore aujourd'hui «pour qu'il fasse toujours bon vivre en Valais dans vingt ans». «J'ai été planté dans le terreau politique il y a longtemps déjà. J'ai eu le temps de germer», assure-t-il. La métaphore est classique mais efficace. On ne peut s'empêcher d'y lire une allusion piquante à son concurrent Christophe Darbellay qui déclarait récemment avoir encore «besoin d'une terre où germer» pour justifier sa candidature, son retour en Valais.

Où a-t-il mûri, justement, Maurice Tornay? Originaire d'Orsières, il est, sur le plan professionnel, directeur de fiduciaire et également professeur de fiscalité à la HES SO Valais, à Sierre. Sur le terrain politique, il a surtout été un député et un chef de groupe très actif jusqu'en 2005. Il a notamment présidé la commission introduisant le Réseau Santé Valais, la réforme hospitalière valaisanne. Il est aussi - et c'est un poste qui compte en Valais - administrateur du Nouvelliste. Si récemment, les attaques frontales portées contre Christophe Darbellay par ce même journal ont pu exacerber les passions, Maurice Tornay rit de voir certains imaginer qu'il aurait instrumentalisé tout cela: «Je vous rappelle que j'ai une seule action au Nouvelliste. Et moi, en tant qu'administrateur, j'irais dire aux employés ce qu'ils doivent faire ou écrire? Ce n'est pas concevable.»

En Valais, tous bords confondus, il est vrai que Maurice Tornay est perçu comme un personnage d'une grande intégrité et à la morale irréprochable. Gardien ou non de cette morale, hier, le candidat d'Entremont présentait un extrait de son programme électoral avec la rigueur d'un régent, comme autant de «règles de grammaire pour gouverner». L'énergie et le tourisme, deux thèmes incontournables pour le Valais de demain, y trouvent leur place. Maurice Tornay entend mener un «combat sans concession pour la promotion des énergies renouvelables», et estime aussi que «l'Etat doit favoriser le retour anticipé des concessions hydroélectriques. A quoi bon toucher des millions dans trente ans, alors que les villages seront frappés par l'exode rural?»

Combat contre le chômage

Il dit en revanche avoir un gros problème avec l'approche du tourisme en Valais aujourd'hui. «Les touristes ne doivent pas être accueillis par des étrangers. C'est incohérent. Nous formons des gestionnaires. Il faut former des gens à l'accueil, et revaloriser ces métiers.» Sur le terrain économique, Maurice Tornay fait encore quelques promesses de lutte contre le chômage. Il prône une déduction fiscale sur les PME, tablant sur la masse salariale et le nombre d'employés. «C'est une manière de créer des emplois par l'incitation. Mieux vous payez vos employés, plus vous serez récompensés par l'Etat.»

Sur ce beau tableau de promesses électorales, plane, depuis quelques jours, la rumeur d'une autre promesse. De coulisses, celle-là. Christophe Darbellay et Maurice Tornay auraient passé un accord au printemps 2003, une sorte de répartition des rôles avant l'heure, qui augurait d'un siège au Conseil national pour le premier et laissait la voie royale au Conseil d'Etat pour le second. Que l'un ou l'autre, c'est selon, n'aurait pas respecté. Le premier prétend que l'accord portait sur le Conseil des Etats. Le second ne commente pas, mène sa campagne comme si de rien n'était. Présage ou pas, son site internet le consacre déjà candidat au Conseil d'Etat. La fameuse ligne, qui permet d'aller plus vite au but...