Genève

Mauro Poggia: «Nous ne pouvons pas nous offrir le luxe d’attendre»

Pour le conseiller d’Etat Mauro Poggia, le refus de certaines communes se veut une manière de plaire à leur électorat. Mais il ne reculera pas

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Le Temps: Vous avez affirmé que la commune de Cologny avait accepté de mettre à disposition son abri PC, mais la maire de cette commune assure le contraire. Vous avez vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué?

Mauro Poggia: Pas du tout. L’Hospice général m’a averti que deux conseillers administratifs de cette commune lui avaient fait savoir que l’abri serait à disposition le 20 juin pour sa préparation et qu’il n’était donc pas besoin de le réquisitionner. Et maintenant, Madame la maire me somme de rectifier. A moins d’un malentendu, j’imagine que des habitants ont dû aller se plaindre et qu’elle se trouve entre le marteau et l’enclume.

On ne veut sans doute pas qu’on dise que Cologny a accepté, préférant que le canton l’y contraigne. Si c’est le cas, ce n’est pas très courageux. J’ai le sentiment que certaines communes veulent faire passer le message à la population qu’elles ont tout fait pour éviter cette situation.

– L’Hospice général se serait-il trop avancé?

– On aurait sans doute pu attendre d’avoir un accord écrit, mais on voulait éviter au Conseil d’Etat de préparer un arrêté de réquisition, ayant obtenu un accord de principe.

– Les communes riches se montrent-elles plus réticentes que les modestes?

– Il faut admettre que les communes de la rive droite font des efforts, alors que la plupart de la rive gauche, à la notable exception d’Anières, rechignent à s’engager. C’est aussi le sentiment qui prévaut dans les communes modestes, comme Vernier, où les habitants ressentent une inégalité de traitement.

– Le canton pouvait déjà réquisitionner des abris. Alors pourquoi ce règlement?

– Cette possibilité sans base légale existe en cas d’urgence. Mais nous avons considéré qu’il était préférable de faire une disposition réglementaire et d’y préciser le droit des communes à être entendues. Depuis mercredi, le Conseil d’Etat a donc un texte clair à disposition, car nous ne pouvons pas nous offrir le luxe d’attendre que le projet de loi soit adopté, ni que les communes viennent spontanément nous offrir leurs services. Notre devoir est de nous préparer pour ne pas être pris au dépourvu en cas d’afflux. Nous avons aussi, par exemple, commandé des tentes à la Confédération.

– N’avez-vous pas péché sur la méthode? Pourquoi ne pas avoir tenté la concertation préalable?

– Mais l’Hospice général travaille en permanence dans cet esprit! Je suis allé moi-même à Corsier répondre aux questions du conseil municipal. Bien entendu, il faut favoriser la concertation tant que faire se peut. Mais il faut aussi avouer qu’il est plus facile de trouver des solutions amiables quand on a un instrument qui permet, si nécessaire, de se passer du bon vouloir de l’interlocuteur. Si nous devions attendre ce signal spontané, il faudrait sans doute mettre les migrants à la rue.

– Qu’allez-vous faire si des communes se montrent récalcitrantes?

– Si nous n’obtenons pas rapidement leur accord, afin que les abris PC puissent être préparés pour septembre, nous devrons prendre la décision formelle de réquisition.

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