genève

Mauro Poggia s’embrouille sur les frontaliers

Les propos du MCG suscitent la controverse. Le candidat populiste au gouvernement genevois apporte, sans le vouloir, des arguments aux antiracistes

L’agressivité verbale croissante du MCG dans la présente campagne électorale genevoise n’est pas passée inaperçue. Sur son thème favori des frontaliers, le parti n’en est plus à combattre une simple invasion, il s’agit désormais d’une «épidémie loin d’être éradiquée».

La Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) s’alarme. Mais le plus piquant est que Mauro Poggia, l’un des candidats du MCG au Conseil d’Etat, apporte de l’eau au moulin des antiracistes: «Parler d’éradication est particulièrement grave, cela fait écho aux heures les plus sombres de l’Europe, notait l’avocat dans un courrier adressé au Temps. D’ailleurs tenir des propos aussi inadmissibles aurait un caractère pénalement répréhensible.»

Le conseiller national joue dans la course électorale le rôle du visage fréquentable du MCG. On lui attribue de ce fait plus de chances d’entrer au gouvernement qu’à son colistier, Eric Stauffer, le remuant fondateur du parti.

En aspirant à la haute charge gouvernementale, Mauro Poggia aurait-il donc pris la décision de se distancier des propos les plus virulents de sa formation? Il n’en est rien et l’explication est plus simple. Il ignorait tout simplement en faisant ce commentaire le langage utilisé par le MCG dans son tout-ménage. «Jamais vous ne trouverez dans les textes du MCG ou dans les propos de ses dirigeants des termes comparant les frontaliers à une maladie», assurait-il, en protestant contre un article du Temps qui mettait cette phrase en exergue (LT du 24.09.2013).

Et pourtant. Cette expression n’a pas échappé à un tribun du MCG dans l’exaltation d’un meeting électoral. Elle figure en titre de page dans le périodique du mouvement, Le Citoyen, numéro spécial d’août largement distribué: «L’épidémie de frontaliers n’est de loin pas éradiquée.»

Cette escalade verbale ne suscite en général dans la classe politique genevoise qu’un haussement d’épaules résigné. Mais il y a une exception: le député PLR Pierre Weiss veut en découdre. Il demande des explications au MCG et, en tant que président de la section genevoise de la LICRA, en appelle au président suisse de cette organisation, Me Philippe Kenel. «Ce titre sonne comme un rappel de triste mémoire. Nombreuses sont les références à l’«éradication» ou à l’«élimination» des juifs, des Tsiganes, des homosexuels dès les années 30, écrit Pierre Weiss. J’y vois une volonté explicite d’ostraciser les frontaliers, d’en faire les boucs émissaires des maux genevois. C’est un appel à la haine de nos voisins, qui sont souvent nos parents ou nos ancêtres.»

Le candidat ministre Mauro Poggia a bien dû admettre la réalité de la propagande diffusée par son parti. La phrase n’est pas de lui, ni d’Eric Stauffer. Mais elle existe, noir sur blanc. Pierre Weiss insiste: il somme Roger Golay, le chef du groupe au Grand Conseil, et François Baertschi, le secrétaire général, qui ont signé la page incriminée, de s’expliquer. Le premier cité relativise: «Derrière un titre choc, ce ne sont pas les personnes qui sont assimilées à une épidémie, mais l’impact de leur engagement massif sur l’emploi.»

«Un appel à la haine de nos voisins, qui sont souvent nos parents ou nos ancêtres»

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