L’automne n’est généralement pas une bonne saison pour les Verts. Et cette année, il n’y a pas que les feuilles à être prêtes à choir. Les Verts s’attendent à une chute douloureuse. Alors que les sondages ont de quoi rendre mélancolique, le groupe écologiste des Chambres fédérales a dû encaisser une série de revers pour les derniers jours de la législature.

Sur la sortie du nucléaire, l’économie verte et même lors du débat spécial sur le climat, il a fallu avaler quelques couleuvres. Ce qui n’empêche pas les candidats écologistes de mener l’une des campagnes électorales les plus énergiques sur le terrain et les réseaux sociaux.

Une campagne engagée au niveau des communes

L’idée de parcourir leur canton à pied est ainsi largement partagée par les candidats écologistes. À Bâle-Campagne, Vaud ou Genève, vélos, taxi bikes ou autres engins de mobilité douce ont permis aux Verts de se présenter dans tous les coins de leur canton. À Zürich, le candidat aux États, Bastien Girod a entrepris un «Giro di Züri» qui lui permet d’illustrer sur le terrain ses thèmes de campagne.

Projection de films, stands de restauration dans le cadre du «Restaurant Day» ou de la Semaine du goût, à chaque fois, faute de moyens, les Verts se sont greffés sur des manifestations existantes, histoire de multiplier l’impact de leur présence. «Même si la campagne est molle au niveau national, faute de vrais débats, au moins au niveau cantonal la mobilisation est bonne et on sent un vrai engagement dans les communes», résume le Genevois Robert Cramer. Car, assure-t-il, «ce qui se passe à Berne a peu d’impact sur le moral des militants de terrain».

Heureusement, car les derniers jours de la session d’automne furent douloureux pour la députation écologiste en particulier. Rejet par le Conseil des États du contre-projet à l’initiative «pour une économie verte», rejet des mêmes États du concept d’exploitation à long terme des centrales nucléaires et refus des objectifs de développement des énergies renouvelables et des mesures d’économie d’énergie, non au retrait des produits alimentaires du principe du Cassis de Dijon: comme le résume la coprésidente des Verts Adèle Thorens, «ce fut une fin de législature très frustrante. De quoi être révoltée».

Une conjoncture défavorable

D’autant plus que les indicateurs sont mauvais. Tous les sondages donnent les Verts en perte d’un point au moins par rapport à 2011 (8,4%). Les écologistes ont perdu 26 sièges dans les parlements cantonaux depuis le début de l’année, notamment à Zürich, ainsi qu’en ville de Genève. «Le problème des verts, c’est qu’ils sont profilés comme un parti monothématique, analyse le politologue Georg Lutz, de l’Université de Lausanne. Ils dépendent donc de la conjoncture. Ils ont percé avec la mort des forêts dans les années 1980, puis la catastrophe de Fukushima a remis la sortie du nucléaire sur la table en 2011. Mais aujourd’hui la crise des réfugiés et le franc fort relèguent l’écologie loin des premières préoccupations des Suisses».

L’autre problème c’est qu’à très long terme, 50 à 60 ans, on constate que la gauche, socialistes et Verts ensemble, ne parvient pas à passer la barre des 30 à 35%. Les deux formations se partagent en gros la même couche de la société. Mais, prévient le politologue, l’ancrage des Verts est trop ancien pour qu’ils disparaissent de la scène fédérale.

Les espoirs nés au début de la législature, grâce à l’arrivée du nouveau centre constitué du PBD, des Vert’libéraux et d’une partie du PDC, mais aussi par la présence d’Eveline Widmer-Schlumpf au Conseil fédéral, ne se sont pas concrétisés jusqu’au bout. «Nous avions commencé à ouvrir des portes avec le message du Conseil fédéral sur la stratégie énergétique, la loi d’application de l’initiative sur les résidences secondaires, le mariage pour tous, le congé paternité, mais voilà la douche froide en fin de législature», regrette la coprésidente des Verts.

Le conseiller aux États Robert Cramer est loin d’être aussi pessimiste. «Il faut voir d’où nous venons. Qui aurait dit il y a quatre ans, alors que la seule question qui se posait était celle de la construction ou non de nouvelles centrales atomiques, que le principe même de la sortie du nucléaire serait acquis, que l’idée de la protection du climat toucherait même les milieux de la finance? Ce qui se passe au parlement est un combat de retardement. Rien de plus».

Un parti victime de son succès?

Pour Adèle Thorens, le parti écologiste est en quelque sorte victime de son succès. «L’écologie s’est dépolitisée. C’est un bien dans un sens. Mais les gens oublient que la préservation de l’environnement n’a pas seulement besoin d’une consommation plus responsable, mais surtout d’un cadre légal et d’une politique différente». Dès lors, avertit la conseillère nationale vaudoise, «dès lors que les limites du débat parlementaire sont posées, nous devrons redescendre dans la rue, mener un combat par le biais des initiatives populaires».