Le médecin Patrick Ruedin détaille les effets de son art, l'hypnose: elle peut calmer la douleur ou modifier des comportements dommageables. Puis vient le festin, apprêté comme le veut la tradition par un non professionnel mais passionné de cuisine.

Ce soir-là, c'est au tour de Jean-Fred Bourquin, ancien patron du Centre européen de la culture reconverti dans la communication, qui propose des plats méditerranéens. Entre-temps, la célèbre viticultrice Marie-Thérèse Chappaz a goûté tous les mets pour déterminer lesquels de ses vins les accompagneront avec le plus grand bonheur. Enfin c'est la musique, avec les chansons françaises de Célina, accompagnée de son accordéon. Une cinquantaine de spectateurs mangeurs assistent à la rencontre.

Cela a des allures de salon où l'on cause. Mais nous sommes bien en 2005, et dans un décor qui n'a rien à voir avec le faste de l'Ancien Régime: à 1850 mètres d'altitude, dans un hôtel fruste vieux de près de 150 ans. Maître des lieux (même si, invisible, c'est son fils Christophe qui assure l'exploitation), Jean-Claude Florey le concède volontiers: l'endroit n'est pas «beau, il n'a pas la gentillesse du val d'Anniviers dont je suis issu». Des pentes herbeuses abruptes, des parois rocheuses un peu inquiétantes et la barre de béton du barrage de Mauvoisin donnent plutôt au lieu un air de sauvagerie, de méchanceté envoûtante.

Rien ne destinait ce relais de promeneurs à devenir un rendez-vous culturel. Rien, si ce n'est la ténacité de Jean-Claude Florey, ancien expert en communication chez Roche, qui a ainsi trouvé le moyen d'entamer une deuxième retraite en s'adonnant à une activité qui le passionne.

Depuis 1998, il a reçu, loin du monde, des personnalités aussi intéressantes qu'Yvette Théraulaz, Yvette Jaggi, Fernand Cuche, Michel Bühler, Simon Epiney, Armand Lombard, Jean-Philippe Rapp, Jacqueline Fendt, Georges Abraham, Bernard Bertossa, Heidi Diggelmann, Roger Pfund, Pierre-François Unger, Claude Torracinta, Noëlle Revaz, Jacques Neyrinck, Jacques Pilet ou encore André Steiger.

Il fallait être un peu fou pour se lancer dans cette aventure: «L'hôtellerie de haute montagne est morte car la saison est beaucoup trop courte, comme le dit lui-même Jean-Claude Florey. Il y a certes un renouveau de la marche, mais les marcheurs préfèrent dormir dans les cabanes, cela fait partie de leur plaisir, même si les prix de ces cabanes sont à peine moins élevés que les nôtres.»

C'est pourquoi le couple a misé sur les activités culturelles et gastronomiques, mettant à contribution pour leurs premiers Moments leurs amis et les amis de leurs amis. Cela a marché: deux cents kilomètres de voiture ne les ont pas découragés et beaucoup d'entre eux sont restés fidèles jusqu'à aujourd'hui. Jean-Claude Florey récuse cependant le terme de club: «La clientèle a passablement évolué et je ne suis pas peu fier d'avoir attiré des gens de la vallée. Autrefois, ils nous percevaient comme inaccessibles, mais maintenant ils ont compris que les Moments leur étaient également destinés, surtout depuis la venue de Fernand Cuche en 2002.»

La préparation des Moments nécessite un mois et demi de travail. Et pour mettre l'hôtel en état de fonctionnement au printemps, il faut compter trois semaines. C'est beaucoup pour quelques mois de saison. Malgré l'originalité de leur formule, les Florey-Perraudin ont toutes les peines du monde à tourner. Alors avis à ceux qui risquent de vivre les derniers moments de cette aventure. La saison 2005 propose notamment, le samedi soir, les contributions de Bernard Crettaz, Gérard Delaloye, Jacques de Haller et Isabelle Moncada. Des ateliers ont également lieu en semaine.

On peut bien sûr également loger dans ce bijou d'hôtel indépendamment de ces manifestations. Le prix est dérisoire: 60 francs par personne, petit déjeuner compris, avec vue sur les bouquetins et les chamois qui parcourent cette zone protégée. Très nombreuses balades permettant d'admirer vingt-cinq espèces de fleurs rares, dont, bien sûr, l'edelweiss.

Renseignements, réservations: 027/ 778 11 30. Programme de la saison: «http://www.mauvoisin.ch».