Maux aigus à l’Hôpital du Valais

Santé L’expert belge mandaté par l’Etatest dur avec le site

Il dénoncedes opérations injustifiées et une mortalité élevée

Les groupes critiques envers l’hôpital ont signifié leur contentement jeudi. Le rapport Houben, très attendu, confirme largement les attaques lancées par les détracteurs de Vincent Bettschart, chef démissionnaire du service de chirurgie de l’Hôpital du Valais.

L’expertise de la médecine hautement spécialisée avait été mandatée par le Département de la santé, à la suite de trois décès de patients dénoncés dans la presse, l’été dernier. C’est la première fois dans l’histoire de l’hôpital qu’une étude examine tous les dossiers de chirurgie viscérale hautement spécialisée sur une période de deux ans. Si le rapport ne porte pas uniquement sur les activités de Vincent Bettschart, ce dernier est pourtant le chirurgien qui a opéré la grande majorité des patients concernés par cette étude.

«Sur le plan médico-scientifique, l’étude isolée de ces cas n’a apporté aucun élément supplémentaire ou argument invalidant les constatations de la casuistique 2011-2012», écrit l’expert belge Jean-Jacques Houben au sujet de ces trois décès médiatisés.

Son rapport, portant sur quatre domaines de chirurgie viscérale, recommande de renoncer aux opérations de médecine hautement spécialisée de l’œsophage, faute d’une masse critique suffisante avec seulement onze cas en deux ans. Dans l’ensemble, les opérations colorectales se déroulent selon les standards. «96% des patients ont bénéficié des meilleurs soins possibles», écrit l’expert. Les problèmes les plus aigus se concentrent sur la chirurgie du foie et du pancréas, avec une incertitude concernant la masse critique pour cette dernière.

Dans ces deux disciplines, le rapport Houben note de nombreux cas d’opérations qui auraient pu être évitées et confirment en cela les critiques de Michel Ducrot, avocat d’une famille ayant déposé plainte contre Vincent Bettschart. «Dans 8 cas sur 30, les indications opératoires pour la chirurgie du pancréas sont contestables», écrit Jean-Jacques Houben. Pour le foie, cela représente 7 opérations. «Soit 10% du total des opérations pratiquées en médecine hautement spécialisée, contre 3% en moyenne dans les centres hospitaliers», explique-t-il. L’hôpital a-t-il ainsi tenté d’augmenter sa masse critique, comme l’estiment certaines voix critiques en Valais? «Je ne peux pas me prononcer sur les intentions qui sous-tendent cette situation, mais je peux dire que, souvent, les technologies nécessaires aux examens des patients ont fait défaut pour établir des indications correctes», répond Jean-Jacques Houben.

Ces opérations contestables ont augmenté le taux de mortalité dans ces disciplines, l’amenant au-dessus des moyennes hospitalières. Dans le cas du foie, «trois décès auraient pu être évités. Les patients n’auraient peut-être pas guéri, mais la mortalité opératoire tomberait de 14 à 6%», détaille le rapport. La philosophie médicale plutôt agressive de Vincent Bettschart a donc pour corollaire de l’exposer largement à la critique par des taux de mortalité excessifs.

Certains décrivaient Vincent Bettschart comme quelqu’un qui prenait ses décisions chirurgicales dans une certaine solitude. L’Hôpital du Valais a toujours répondu que les dossiers étaient examinés par un colloque interdisciplinaire. Or, le rapport Houben affirme qu’à de nombreuses reprises, ces réunions n’ont pas eu lieu, n’ont pas été enregistrées, voire parfois ont eu lieu après l’opération. «Ceux qui s’inquiétaient pour l’hôpital avaient raison», estime Jean-Jacques Houben. «Il est regrettable qu’il n’y ait pas eu immédiatement de réaction de la part des instances dirigeantes», poursuit-il. Des instances qui en prennent aussi pour leur grade. Le rapport décrit, notamment, une répartition peu claire des responsabilités, l’ingérence du conseil d’administration dans des missions exécutives, l’absence d’autorité et d’indépendance de la direction.

«La situation n’est cependant pas catastrophique, parce que ce rapport est une photographie d’une toute petite partie de l’activité de l’hôpital, la plus pointue et la plus difficile à conduire», nuance Jean-Jacques Houben.

Ce grand déballage public signe-t-il la fin de la crise qui déchire l’Hôpital du Valais depuis bientôt quatre ans? Les problèmes de gouvernance décrits amènent notamment l’UDC à demander la tête de Charles Kleiber, président du conseil d’administration. «Le conseil d’administration a beaucoup de travail devant lui pour définir la future stratégie hospitalière et son concept médical», répond Esther Waeber-Kalbermatten, ministre valaisanne de la Santé. «Les personnes en poste aujourd’hui connaissent la situation, et il me paraît souhaitable de continuer à travailler avec elles», dit-elle. Quant à l’hôpital, il a réagi dans un communiqué en soulignant que «le conseil d’administration […] est conscient de la nécessité de travailler sur les points identifiés par le professeur Houben».

«Ceux qui s’inquiétaientpour l’hôpitalavaient raison»