affaire kadhafi

Max Göldi relâché, le marchandage continue

La libération de l’otage ne signifie pas pour autant la fin de la crise entre Berne et Tripoli

Installé dans un hôtel de Tripoli, Max Göldi attend. Il ne se sentira vraiment libre que lorsqu’il aura récupéré son passeport et obtenu un visa de sortie. Le vendredi étant férié en Libye, aucune démarche administrative n’a pu être entreprise ce jour-là. Mais, selon le journal Qurina, détenu par Saif al-Islam Kadhafi, un des fils du colonel, des tractations ont eu lieu: des délégations libyenne et suisse se seraient rencontrées à Tripoli. Pour discuter des modalités du retour du Bernois et de la suite à donner à l’affaire pour résoudre la crise déclenchée par l’arrestation d’Hannibal Kadhafi, le 15 juillet 2008 à Genève.

Des négociations de haut niveau, avec le premier ministre libyen? Berne ne confirme rien. Le Département fédéral des affaires étrangères refuse de se prononcer sur ce point. Des proches du dossier laissent même entendre, en coulisses, que les informations sont inexactes. Prudence, donc. Tant Micheline Calmy-Rey que Doris Leuthard se contentent d’afficher leur «soulagement», sans se montrer trop optimistes.

Les médiateurs – la présidence espagnole de l’UE et l’Allemagne –, de même que la Commission européenne, ont salué vendredi la sortie de prison de Max Göldi et demandé son «retour immédiat» en Suisse. Le roi Juan Carlos d’Espagne est intervenu la veille: il a appelé à deux reprises le colonel Kadhafi. Très actifs au moment de la «guerre des visas», les médiateurs européens sont toujours présents: la Libye est un partenaire économique non négligeable, et stratégiquement important sur le plan des flux migratoires. «Un septième round de négociations entre l’UE et la Libye, pour la signature d’un accord-cadre avec Bruxelles, vient d’avoir lieu à Tripoli ces jours», précise l’expert Hasni Abidi.

Et maintenant? Après avoir obtenu son visa, Max Göldi devra probablement passer par la case «conférence de presse à Tripoli», avec une liberté de parole toute relative. Comme Rachid Hamdani avait dû s’y plier avant de pouvoir quitter le pays le 23 février. Ensuite, si les Libyens obtiennent ce qu’ils veulent des Suisses, Max Göldi pourrait être de retour ce week-end. Selon des observateurs, les Libyens auraient fait exprès de libérer le Bernois alors que Micheline Calmy-Rey est à New-York pour la nomination de Joseph Deiss comme président de l’assemblée générale de l’ONU. Pour éviter un accueil triomphal et par provocation.

Le retour de Max Göldi provoquera un grand déballage politique. Une sous-commission de gestion du Conseil des Etats, qui travaille depuis l’automne 2009 sur la façon dont les autorités fédérales ont géré la crise, prépare ses conclusions, sévères. Mais surtout, la question du tribunal arbitral international va faire surface: la Suisse s’est engagée à le réactiver une fois Max Göldi de retour. Les autres points de l’accord négocié entre Berne et Tripoli restent plus flous.

Le tribunal, composé de trois juristes, devrait siéger à Berlin. Il sera chargé d’éclaircir les circonstances de l’arrestation d’Hannibal Kadhafi à Genève et leur compatibilité avec le droit suisse et le droit international. Avant la suspension, en automne 2009, de l’accord signé le 20 août de la même année, les Suisses avaient déjà nommé leur juge: la Britannique Elizabeth Wilmshurst. Les Libyens avaient proposé un avocat britannique d’origine algérienne, Saad Jabbar. Mais les Suisses ont demandé sa récusation. Motif: il avait conseillé le gouvernement libyen lors du procès des responsables présumés de l’attentat de Lockerbie. Les Libyens ont alors proposé le juriste indien Srinivasan Rao, conseiller du ministre de la Justice du Qatar. Le président du tribunal, lui, reste à désigner.

«La sentence arbitrale a un caractère obligatoire», précise Marcelo Kohen, professeur de droit international. Si des policiers genevois sont désignés coupables, l’autorité compétente suisse devrait ainsi faire le nécessaire pour qu’ils soient jugés. «Là, beaucoup de questions juridiques se posent: les juges suisses devraient-ils par exemple donner pour acquis les constatations faites par le tribunal, indépendamment des difficultés constitutionnelles qui pourraient exister?», s’interroge-t-il.

Max Göldi, lui, n’aspire qu’à une chose: retrouver les siens après 693 jours en Libye. Vendredi, il a pu avoir un contact téléphonique avec sa famille. En prison, seules les lettres étaient autorisées. Il n’a pu appeler sa mère qu’une fois, pour ses 80 ans. Le jour où Hannibal Kadhafi lui a rendu visite dans sa cellule.

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