«Ce qui est bon pour Zurich est bon pour la Suisse entière», expliquait récemment aux Romands le président du gouvernement zurichois, Christian Huber, inquiet du malin plaisir que ceux-ci prennent selon lui aux difficultés que traverse actuellement son canton. Saisissant l'occasion au vol, Maxime Zuber, le bouillant maire autonomiste de Moutier, a pris la plume et explique au conseiller d'Etat zurichois, dans une lettre datée d'hier, que si Zurich n'a pas toujours bonne presse de ce côté-ci de la Sarine, c'est parce qu'il pèse d'un poids trop lourd sur la politique fédérale, au détriment de régions comme l'Arc jurassien. «Si vous croisez Pascal Couchepin, lance-t-il du reste au destinataire de sa missive, conseillez-lui de consacrer un peu de son temps à nos problèmes.»

Le Temps: Etes-vous animé par ce sentiment de «Schadenfreude» que Christian Huber dénonce?

Maxime Zuber: Non, mais je constate que, pour la première fois depuis longtemps, Zurich apprend enfin ce que signifie une crise conjoncturelle. Les difficultés de la capitale économique du pays lui enseigneront peut-être le sens de la solidarité confédérale et la feront redescendre de son piédestal.

– Peut-on contester que «ce qui est bon pour Zurich est bon pour la Suisse»?

– Cette affirmation illustre bien la philosophie centralisatrice aveugle et suicidaire dont s'inspirent les décideurs de ce pays. Pendant que les banquiers zurichois jouaient, à grand risque, au «monopoly» en cherchant le profit facile, l'Arc horloger jurassien inventait la Swatch, la Deco 2000, des valeurs sûres. Miser uniquement sur la place financière et ses chimères est une erreur stratégique dont nous mesurerons les effets à long terme.

– Vous mettez en parallèle l'aide accordée à la compagnie aérienne suisse et celle refusée à l'entreprise Tornos en difficulté. Peut-on vraiment mettre ces deux dossiers sur le même plan?

– Il est clair qu'en Suisse, un banquier ou un administrateur zurichois comptent bien plus qu'un mécanicien ou un décolleteur jurassien. L'affaire Swissair aura eu le mérite de clarifier les choses et de montrer qui commande vraiment dans ce pays et qui profite de l'establishment.

– Zurich, écrivez-vous, a toujours eu beaucoup d'influence sur Pascal Couchepin. Le meilleur exemple?

– La politique monétaire favorise manifestement la place financière au détriment de l'industrie d'exportation. Pascal Couchepin est un ami intime des milieux bancaires. Il l'a démontré en redoublant d'efforts pour défendre le secret bancaire et en changeant diamétralement d'avis en quelques heures dans l'affaire Swissair pour se mettre au garde-à-vous devant les dirigeants des grandes banques.

– Ne diabolisez-vous pas la «méchante» finance, par rapport au «bon» secteur industriel?

– Pendant des années, avec un succès certain, notre pays a cru qu'il était facile de faire de l'argent sans qu'aucune valeur ne soit ajoutée par la main de l'homme aux produits que nous vendions. Toute la politique de notre pays est axée sur les avantages à accorder aux prestataires qui bénéficient de la force relative du franc suisse dans leurs investissements à l'étranger. Ceux qui exportent ou accueillent les touristes sont les dindons de la farce!

– Attendez-vous une réponse du conseiller d'Etat Christian Huber?

– Christian Huber a cherché le dialogue et il l'a trouvé. Il va me répondre. Je regrette que les conseillers nationaux, dont les trois quarts sont candidats au Conseil fédéral, aient eu peur de lui expliquer pourquoi Zurich a mauvaise presse en Suisse romande.

– Cette fois vous interpellez le président du Conseil d'Etat zurichois, mais il y a dix jours c'était le conseiller fédéral Pascal Couchepin. Allez-vous devenir un quérulent professionnel de l'Arc jurassien?

– Entre bêler avec les tondus et me rebeller au risque de passer pour unschweizerisch, mon choix est fait. Je préfère être qualifié de quérulent plutôt que d'eunuque politique!