Depuis le 24 novembre 2013, lorsqu’une large majorité de Jurassiens bernois (71,8%) a réitéré sa loyauté au canton de Berne, mais que, pour la première fois, sa ville de Moutier a voté en faveur du canton du Jura, à 55,4%, le très actif député-maire socialiste Maxime Zuber se prépare à la nouvelle bataille devant conduire Moutier dans le canton du Jura : l’élection à la mairie du 30 novembre 2014. Or, ladite bataille n’aura pas lieu. A tout le moins pas pour la mairie.

Elu depuis 1994, Maxime Zuber est seul en lice, et donc réélu tacitement pour un sixième mandat. Les milieux loyalistes bernois, qui avaient pourtant annoncé la couleur il y a un an, ne lui opposent personne. Un indéniable aveu de faiblesse.

Cela ne signifie pourtant pas que le camp antiséparatiste de Moutier se serait résigné. Il fera campagne en vue des élections municipales du 30 novembre, pour l’exécutif et le législatif de la ville, dominés par les forces autonomistes, qui ont fanfaronné lors du dépôt des listes de candidats qu’elles regorgent de monde et de motivation. L’élection locale du 30 novembre donnera un important signal, en vue du scrutin définitif qui scellera l’appartenance cantonale de Moutier, à fin 2016 ou dans les premiers mois de 2017.

Les forces loyalistes bernoises ont peut-être finement joué en renonçant à combattre le maire sortant, pour l’empêcher d’obtenir un nouveau triomphe annoncé, frustrant au passage ses supporters.

En 2010, la socialiste Marcelle Forster, du groupement Interface, instrumentalisée par les milieux antiséparatistes, s’était mise en travers du chemin de Maxime Zuber. Elle n’avait pas fait le poids, offrant de fait un succès à 60% au leader de la cause jurassienne à Moutier.

Maxime Zuber sera ainsi à la mairie de Moutier, vraisemblablement appuyé par des autorités locales qui le soutiendront, lors du vote décisif sur l’appartenance cantonale de la ville. Les forces autonomistes occupent actuellement 6 des 9 sièges de l’exécutif et 25 des 41 du conseil de ville. Elles ambitionnent de faire encore mieux.

La date et la procédure du vote institutionnel communaliste ne sont pas fixées. Les communes du Jura bernois ont deux ans, à compter du scrutin du 24 novembre 2013, pour demander à pouvoir se prononcer sur leur appartenance cantonale. Moutier a déposé sa requête au printemps dernier. Deux communes de sa couronne, Belprahon et Grandval, ont fait de même. D’autres s’interrogent.

Moutier et ses voisines demandent que le vote ne soit pas simultané. A Moutier de décider la première, puis les communes voisines décideront, en connaissance de cause.

Un tel procédé, qui paraît avoir bonne presse auprès du gouvernement bernois, est pourtant combattu par une motion déposé par trois députés du Jura bernois, émanant de l’UDC, du PLR et du PS. Ils exigent que le vote des communes soit simultané. Une stratégie susceptible de déstabiliser l’électorat, tant à Moutier que dans les communes voisines.

Des voix se font entendre à Moutier, notamment parmi certains électeurs qui ont voté «oui» le 24 novembre 2013, pour qu’un éventuel transfert cantonal ne concerne pas seulement Moutier, mais également les communes qui lui sont très proches. Et dans les villages voisins, un transfert cantonal n’aurait de sens que si la ville-centre y consent. Pour les autonomistes, la seule formule consiste donc à faire voter Moutier en premier, puis les communes voisines qui en auront fait la demande.

Le gouvernement bernois devra présenter un projet de loi, vraisemblablement en 2015, le Grand Conseil en débattra, avec possibilité de référendum cantonal.