Arc jurassien

Pourquoi Maxime Zuber tourne le dos à la politique

Maire de Moutier depuis 21 ans, le socialiste autonome de 52 ans sera, dès août 2016, le recteur de la HEP Berne-Jura-Neuchâtel. Le docteur en mathématiques aura été un politicien hors norme, brillant stratège s’ingéniant à avoir un coup d’avance. Il s’en va un an avant le vote d’autodétermination de sa ville

Une bête politique, incisive et de haut vol. Hors norme dans un Jura bernois taiseux où la classe politique manque de relief. Adulé ou haï, craint et respecté pour ses compétences, sa rigueur, sa finesse et son flair stratégique. Maire de Moutier depuis 1994, réélu tacitement pour un sixième mandat en 2014, affirmant au Temps en 2013 qu’il s’en ira «quand la Question jurassienne sera résolue», Maxime Zuber, 52 ans, a surpris tout son monde en annonçant qu’il aura tourné le dos à la politique le 1er août 2016, lorsqu’il deviendra recteur de la Haute école pédagogique Berne-Jura-Neuchâtel.

A un an du vote décisif de Moutier

La décision de Maxime Zuber apparaît, de prime abord, d’autant plus invraisemblable que le militant autonomiste est à bout touchant du combat de sa vie publique: extirper sa ville de Moutier du canton de Berne pour en faire une cité jurassienne. Le scrutin d’autodétermination aura lieu le 18 juin 2017. Maxime Zuber ne tiendra alors plus avec une poigne de fer les rênes de sa Prévôté.

Docteur en mathématiques et enseignant au gymnase français à Bienne, à la Haute école de gestion Arc et à l’Université de Neuchâtel, Maxime Zuber répond aux questions avec une démonstration. «En été 2016, un an avant le fameux vote, tout sera sur les rails. J’aurai eu une action décisive pour faire aboutir la procédure menant au vote, en évitant les innombrables pièges tendus. C’est aux autonomistes de s’approprier le scrutin. On me dit souvent que le transfert de Moutier, c’est le rêve du maire Zuber, avec le risque d’une campagne ultra-personnalisée et des soupçons d’opportunisme personnel. Mon retrait coupe court à tout cela. Personne ne votera contre le transfert parce que je ne suis plus maire. Mais peut-être que quelques-uns auraient renoncé à voter oui si j’avais encore été là.»

Plus loin dans la démonstration: «Mon fils m’a encouragé à prendre mon virage professionnel en me faisant remarquer qu’objectivement, avoir un nouveau maire à Moutier ne constituait pas un désavantage pour réussir ce vote décisif.»

Pas de cumul entre maire et recteur

Pourtant, Maxime Zuber ne se serait pas retiré s’il n’avait saisi l’opportunité professionnelle. «C’est certainement vrai. Tout comme il ne m’était pas imposé de délaisser la politique pour exercer la fonction de recteur. Mon prédécesseur Jean-Pierre Faivre était maire de Courtedoux. Ne pas cumuler est ma décision, parce que j’estime éthiquement incompatible d’être maire d’une ville qui veut passer d’un canton à un autre et à la tête d’une institution où les deux cantons, avec Neuchâtel, sont partenaires. Je devais choisir et je l’ai fait.»

Ceux qui l’ont côtoyé ou ont été confrontés à lui se sont dit que, conformément à son intention de ne s’en aller qu’une fois la Question jurassienne résolue, Maxime Zuber serait toujours là, presque éternel, soit à la mairie de Moutier, soit au parlement cantonal bernois où il siège depuis 2002 – et qu’il quittera aussi –, ou dans une autre fonction élective. N’a-t-il pas déjà été deux fois candidat au Conseil national et trois fois au gouvernement bernois, réalisant en 2006 le meilleur score des candidats francophones dans le Jura bernois? La politique et ses ficelles chevillées au corps, Maxime Zuber surprend encore en affirmant que «si je suis perçu comme une bête politique qui va au bout de ses idées avec obstination, la politique n’est pour moi qu’une activité accessoire de milice. Je suis d’abord un enseignant. Quand une institution importante de la région que je défends cherche un recteur, je me sens appelé. J’ai postulé et j’ai été retenu. Je resterai un acteur de ma région, dans un autre rôle.»

Un grand vide

Une fonction peut-être moins «amusante» que la stratégie politique. «Certainement que le jeu de rôle politique, qui me passionne, va me manquer. Mais j’ai surtout été un élu rigoureux et cohérent.» Disparaîtra-t-il complètement de l’arène politique? «Je reste un citoyen de Moutier, tout le monde sait ce que je pense. Je serai un observateur privilégié, attentif et actif.»

Le retrait de Maxime Zuber laissera un grand vide. A Moutier, au parlement bernois où les ministres et l’administration redoutaient ses interventions; mais aussi au Parti socialiste autonome, que l’édile a renforcé au point d’en faire un acteur incontournable dans le système électoral bernois, dont la majorité gouvernementale dépend de la «couleur» de son élu francophone. Le socialiste Philippe Perrenoud doit une bonne part de ses élections au soutien des socialistes autonomes, pourtant ennemis jurés des socialistes loyalistes du Jura bernois.

Très présent dans les médias régionaux, crédible dans sa défense des intérêts du Jura bernois, le «phénomène» Maxime Zuber a su rebondir après l’échec cuisant d’un scrutin consultatif en 1998, lorsque pour 41 voix, ses concitoyens de Moutier ont refusé de quitter le canton de Berne. Il aura fallu de la patience et sa roublardise pour que le 24 novembre 2013, alors que le Jura bernois refusait à 72% de s’allier au Jura pour créer un nouveau canton, Moutier vote, pour la première fois, à 55,4%, en faveur du Jura. Ce qui avait fait dire au député-maire que «Moutier n’est pas encore jurassienne, mais elle n’est plus bernoise». Verdict en juin 2017, avec Maxime Zuber comme «simple» électeur. On peine à l’imaginer.

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