Lundi, le Grand Conseil bernois a validé un processus de vote devant résoudre la Question jurassienne. Le 24 novembre, le Jura bernois dira s’il est disposé à entrer en discussion avec le Jura pour constituer un nouveau canton. En cas de refus, les communes qui le souhaitent pourront demander leur transfert cantonal (LT du 29.01.2013). Même s’il ne s’agit que d’une victoire d’étape procédurale, c’est tout de même le triomphe improbable d’un pestiféré de la politique bernoise, le député-maire de Moutier, Maxime Zuber. Qui dit avoir «bu du petit-lait».

«Si on m’avait dit, il y a dix ans, qu’un jour à Berne, mes idées l’emporteraient, j’aurais rétorqué que c’est impossible», avoue-t-il. Un phénomène, Maxime Zuber, qui fêtera ses 50 ans en 2013. Maire de Moutier depuis dix-huit ans, il s’en ira «quand la Question jurassienne sera résolue». Il est adepte de la course à pied. Adolescent, il excellait dans le sprint. Désormais, il privilégie les courses d’endurance. Même mue politique. En 1998, impatient, il organise un vote d’autodétermination à Moutier, qu’il perd pour 41 voix. Il lui a fallu du temps pour se relever. Il l’a habilement fait en s’extirpant de la monomaniaque Question jurassienne. Il s’est fait chantre des intérêts du Jura bernois, aiguillon à Berne, en première ligne pour défendre l’économie régionale, de la Boillat à Tornos. Il s’est reconstruit une crédibilité, l’a fait valider lors d’élections. Il est devenu une «tête qui dépasse» et qui dérange, qui séduit aussi.

Pourtant, dans l’enceinte hostile du parlement cantonal, d’aucuns ont longtemps refusé ne serait-ce que de croiser le regard de cet «hurluberlu» toujours minoritaire, parce que séparatiste, francophone, gauchiste, tireur de ficelles en coulisses.

«Longue haleine»

Comment comprendre que, lundi, une majorité ait adopté son discours jusqu’à la dernière virgule? «Un immense travail, de longue haleine», commente-t-il avec fierté. Ses innombrables interventions sont prises au sérieux. «Je côtoie et tutoie les conseillers d’Etat», fanfaronne-t-il. Bernois et jurassiens. Jusqu’à la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, responsable des affaires jurassiennes. Autre atout: avec sa minuscule formation du Parti socialiste autonome, «nous avons su nous rendre indispensables auprès du PS bernois. Notre poids électoral est décisif, on connaît également notre capacité de nuisance.»

Alors, en bon prof de maths qu’il est, Maxime Zuber a avancé ses pions dans une partie d’échecs «perdue d’avance», dit-il, consistant à trouver une formule pour s’extirper de l’impasse de la Question jurassienne. Le processus prévoit une votation à l’échelle du Jura bernois le 24 novembre. Si le «non» l’emporte, les communes qui le demandent pourront changer de canton. Ce qui fait dire à d’aucuns que le processus voté est une «Lex Moutier», laissant entendre qu’au final, seule la ville de Moutier migrera dans le Jura. «Il appartient aux citoyens du Jura bernois d’éviter cette solution subséquente. Mais si on doit y arriver, on ne pourra pas me jeter la pierre», dit Maxime Zuber.

Auréolé de son succès d’estime, le politicien rusé entend transformer son essai auprès de l’électorat du Jura bernois. Avec cette conviction: «Il ne faut pas se tromper d’arguments. Il s’agira d’expliquer que voter oui, le 24 novembre, ce n’est pas pour quitter le canton de Berne, mais pour discuter avec le Jura de la constitution d’un nouveau canton. Quand j’en parle aux gens non politisés, ils me disent «pourquoi pas?» Mais le politicien Zuber sait que le rejet d’un tel projet est probable. «Il ne s’agit pas de comparer les situations actuelles jurassienne et bernoise. Nous voulons créer un nouveau Jura et tout est ouvert. En outre, un «non» en novembre et tous les privilèges au sein du canton de Berne tomberont.» Alors, parce qu’il est parvenu à triompher dans le milieu hostile du Grand Conseil, Maxime Zuber veut croire, «honnêtement, que le résultat peut être positif dans le Jura bernois». Si tel ne devait pas être le cas, l’autonomiste annonce que «Moutier ne sera pas la seule commune à demander son transfert. Les communes voisines suivront, de Corcelles à Sorvilier.»