Quand le MCG s’invite au salon des frontaliers

France voisine Les derniers slogans du parti populiste ont été critiqués à Annemasse

Le slogan «Onex ville de progrès – commune zéro frontalier» est très commenté dans les travées du Salon des transfrontaliers qui se tient du 26 au 28 mars à Annemasse, en Haute-Savoie. Michel Charrat, le président du Groupement transfrontalier européen (GTE, 35 000 adhérents) qui co-organise cet événement avec Le Dauphiné Libéré, pense aux 17 employés français de la mairie d’Onex «qui ne doivent pas se sentir très bien en se rendant au travail». Il se confie au Temps: «Les attaques du MCG sont de plus en plus violentes. Je regrette le silence et la compromission de beaucoup de personnalités politiques genevoises. Personne ne se lève pour condamner les propos du MCG. Jadis les Micheline Calmy-Rey, les Martine Brunschwig Graf, les Robert Cramer nous soutenaient. Aujourd’hui il n’y a plus que la société civile pour réagir.»

Christian Dupessey, le maire d’Annemasse, s’élève contre les pratiques du président du MCG: «Le frontalier est présenté comme une personne à part. Où sommes-nous, Monsieur Stauffer? En Suisse en 2015 ou en Allemagne dans les années 30?» Jeudi déjà, lors de l’inauguration du salon, Jean-Jack Queyranne, le président de la région Rhône-Alpes, avait déclaré: «Pour la région, les frontaliers ne sont ni des parasites, ni des profiteurs, ce sont des citoyens.»

«Un peu comme le Front national»

Deux mille visiteurs étaient attendus à ce salon. Des personnes en quête d’information sur les conditions de travail en Suisse, le type d’emploi recherché, les nouvelles assurances maladie. Thomas, 26 ans, un ancien policier, s’est reconverti dans la sécurité. Le Grenoblois a déniché un emploi à Genève, payé «24,80 francs de l’heure, mieux qu’en Isère». Mais il peine à trouver un bon contrat. «Je suis venu pour obtenir des conseils, savoir me vendre; la Suisse ce n’est pas comme la France.» Le MCG? «J’en ai entendu parler, mais je ne fais pas de politique. Tout ce que je sais, c’est que les Français ne sont pas toujours bien vus ici. Un jour, je travaillais au Palais Eynard et j’ai entendu des messieurs habillés en costume-cravate dire beaucoup de mal des frontaliers.»

Une jeune physiothérapeute haut-savoyarde qui travaille depuis peu à Chêne-Bourg trouve les Suisses «charmants et polis, les patients comme les collègues». «Le MCG est un peu comme le Front national chez nous, estime-t-elle, il leur faut désigner des boucs émissaires pour obtenir des voix.»

De son côté, David Talerman, auteur du best-seller Travailler et vivre en Suisse, animateur d’un atelier sur la manière de rédiger un CV en Suisse, réduit la publicité provocatrice du MCG à un épiphénomène. «C’est de la com, du bon populisme et un non-sujet», commente-t-il. Ses conseils prennent-ils cependant en compte les attaques du MCG? «Je dis aux postulants de ne pas perdre de temps avec des entreprises qui, idéologiquement, ne recrutent plus de frontaliers, et d’aller voir ailleurs. Les sociétés qui ont besoin de main-d’œuvre qualifiée ne manquent pas dans le canton.» David Talerman a reçu ces dernières années insultes et menaces de mort. Qu’il ne prend pas au sérieux, pas plus que les slogans du MCG.