Je suis député socialiste au Grand Conseil vaudois. Je suis issu d’une grande famille protestante, avec un certain nombre de pasteurs notamment du côté de ma mère. Mais je n’ai pas confirmé mon baptême. Je suis resté athée et agnostique pendant des décennies. C’est en rencontrant celle qui allait devenir ma femme que la question de ma conversion à l’islam s’est posée. C’était une condition à notre union et je l’ai fait très volontiers. Aller à la rencontre de l’islam, victime de préjugés et souvent vu comme l’esprit du mal, m’a plu.

Je vis ma conversion comme un acte de foi et de fraternité. Je tiens à témoigner d’un islam qui porte de belles valeurs. Comme la très grande majorité des musulmans de Suisse, je ne suis pas pratiquant. Ma conversion s’est passée simplement. Je suis allé deux, trois fois au centre islamique le plus proche. Et la veille de mon mariage civil, deux témoins du centre sont venus à la maison. J’ai prononcé une phrase devant eux, confirmant que je croyais en Dieu et en Mahomet son prophète.

Comment mes proches ont réagi? Ma conversion n’a pas suscité l’enthousiasme. Les préjugés sur l’islam sont tenaces. On n’y retient souvent que les pratiques fondamentalistes. Je ne nie pas qu’il y a quelques intégristes dans notre pays. Mais la majorité des musulmans veulent s’intégrer et apprécient la Suisse pour sa démocratie, le respect mutuel qui existe et l’écoute des minorités.

La manière dont les initiants se sont emparés des inquiétudes et des ignorances d’une partie de la population pour surfer sur les peurs est effrayante. Comparer des minarets à des missiles, comme ils le font sur leurs affiches, est intolérable. Cette initiative est imbécile et dangereuse. Je suis d’accord que les musulmans n’ont pas besoin de minarets pour exercer leur foi, reste que cette campagne est humiliante. Pour moi, un débat sur la place de l’islam en Suisse n’est pas nécessaire. Je n’aime pas ces termes. Nous devons en revanche nous intéresser les uns aux autres. Dialoguer, convaincre de nos usages démocratiques restent la meilleure manière de lutter contre tout radicalisme.

Jusqu’au 29 novembre, nous donnons la parole à des musulmans de Suisses, croyants ou non. Plus sur www.letemps.ch

L’Islam et moi