Dans un entretien d’une trentaine de minutes mené par la SRF, le conseiller fédéral Alain Berset est revenu, jeudi soir, sur la lutte contre la pandémie. Le ministre de la Santé a reconnu avoir commis des erreurs. «Je n’ai pas assez remis en question la science au début», a-t-il déclaré sur les ondes du service public alémanique, lors de l’émission «Gredig direkt».

De nombreux experts scientifiques estimaient que l’on ne pouvait pas attendre de la population qu’elle utilise correctement les masques sanitaires et que leur maniement incorrect pouvait être nuisible, poursuit le conseiller fédéral de 49 ans. «Avec le recul, je dois dire que j’aurais dû me poser davantage de questions».

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Des mots forts à quelques semaines des votations du 13 juin 2021 où le peuple suisse sera amené à s’exprimer sur la loi Covid-19. Pour rappel, en mars dernier, l’un des amendements discutés dans le cadre de la révision de la loi souhaitait empêcher les membres de la task force scientifique de s’exprimer publiquement. La Commission de l’économie et des redevances du Conseil national (CER-N) exigeait que «le public soit informé des mesures prises par le Conseil fédéral dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19 exclusivement par le Conseil fédéral et le parlement», occasionnant l’agacement des scientifiques.

Déclarations critiquées

Les propos tenus par Alain Berset jeudi soir concernent toutefois le début de la pandémie. «Il était très confortable pour le Conseil fédéral de simplement écouter l’avis de la science au début de la pandémie et de le mettre en œuvre, a ajouté le ministre de la Santé. Cela nous a amenés à prétendre que les masques pouvaient même être nuisibles».

L’épidémiologiste bernois Christian Althaus, qui a quitté le groupe de travail scientifique fédéral en signe de protestation en janvier 2021, a critiqué dans une série de tweets les «déclarations manifestement fausses» d’Alain Berset. Il estime que le ministre de la Santé continue d’arguer qu’il a été averti tardivement par la task force des développements épidémiologiques.

Or la science a été ignorée notamment sur la question du port du masque en mai/juin 2020. Selon le procès-verbal de la réunion de crise de mai 2020, l’ancien président du groupe de travail a déclaré: «Le bon sens veut que les masques protègent. Cela doit être communiqué ainsi.»

Selon Christian Althaus, l’avantage du port du masque pour la population générale a été principalement contesté par les autorités sanitaires et par l’ancien chef de la division des maladies transmissibles. Ceux-ci ont même contredit leurs propres recommandations, affirme le Bernois.

Christian Althaus a indiqué qu’il souhaitait voir le Conseil fédéral remettre en question de manière critique ses actions durant la pandémie et qu'il en tire les leçons nécessaires. La prochaine pandémie ne doit pas plonger le pays dans la stupeur pendant des mois, a souligné l'épidémiologiste. Lors de sa démission, il avait demandé que les politiciens apprennent enfin à regarder la science sur un pied d’égalité.

Reconnaître ses erreurs 

Alain Berset n’a pas pourtant pas manqué de rappeler tout son soutien à la task force scientifique mandatée par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Comme cet été, lorsque le groupe d’experts a fait l’objet de vives critiques en publiant des données erronées sur les lieux de contamination. En effet, l’OFSP publiait début août un rectificatif indiquant que les lieux d’infection les plus importants étaient les contextes familiaux et non les boîtes de nuit.

«Je ne crois pas qu’il soit dans l’intérêt aujourd’hui de prendre une erreur statistique pour affaiblir l’OFSP. On n’a pas besoin d’affaiblir sa propre équipe», avait-il lancé sur le plateau de l’émission Forum sur la RTS, rappelant que l’OFSP avait fait son mea culpa.

Reconnaître les erreurs passées. Le Conseiller fédéral semble rompu à l’exercice. En décembre dernier, il concédait que les autorités suisses avaient fait preuve de trop d’optimisme face au coronavirus durant la période estivale. «Nous avons été beaucoup trop optimistes en été après la première vague de coronavirus, quand on a pensé que nous pourrions rouvrir les grandes manifestations à l’automne», relevait-il déjà à la SRF.

Meilleurs vaccins en Suisse

Le socialiste fribourgeois a également salué les décisions prises dans le cadre de la vaccination. «Les meilleurs vaccins contre le Covid-19 sont utilisés en Suisse» a t-il relevé. «Seuls des vaccins à ARN messager sont administrés», a t-il ajouté, soulignant que très peu de pays sont en mesure de le faire d’ici à l’été.