A Crans-Montana, Daniel Salzmann est partout. Dans le concours hippique, le Caprice Festival, les remontées mécaniques avec 10% du capital, l’association locale des propriétaires d’appartement et de chalet… Mécène et investisseur, il a toujours préféré les coulisses. Il sort de l’ombre aujourd’hui pour inaugurer la Fondation Pierre Arnaud, un musée privé construit au pied de la station, qu’il a financé pour quelque 10 millions de francs. «Je n’ai pas l’habitude d’être sous les projecteurs et je n’aime pas tellement ça», dit-il pendant les prises de vue, assis dans l’un des fauteuils du Beau-Rivage Palace de Lausanne où il a choisi de rencontrer Le Temps. Ses activités lui procurent une influence certaine sur la politique locale: «Mais j’en aurai certainement moins en étant dans la lumière», estime-t-il.

Daniel Salzmann, encensé dans la presse régionale par le président de Lens à qui il offre rien de moins qu’une petite Fondation Gianadda, a connu Crans-Montana par sa femme. Cette dernière est absente de la scène médiatique, alors que le nouveau musée porte le nom de son père. Pierre Arnaud était un collectionneur d’art qui a fait fortune dans le commerce de bateaux dans le Tanger d’après-guerre avant d’acheter la société Fotolabo. Passionné de montagne, c’est à Crans-Montana qu’il avait alors choisi de s’installer. Sa collection privée comporte essentiellement des œuvres de peintres valaisans, par exemple de l’école de Savièse.

Si la fortune de Daniel Salzmann vient en partie de cet héritage, ce psychiatre de formation a aussi connu quelques succès financiers. Avec l’achat de la société LeShop.ch alors qu’elle allait fermer et sa vente quelques années plus tard pour un montant quatre fois supérieur, selon le magazine Bilan. Avec deux cliniques privées valaisannes aussi, dont une qu’il vient de revendre, ou encore une chaîne de boulangeries dans le canton de Vaud. Sans compter des affaires au Luxembourg, sur lesquelles il reste très discret.

Son implication dans les affaires de Crans-Montana commence lorsqu’on lui propose d’entrer dans le capital des remontées mécaniques. «Ayant mis un doigt là-dedans, je me suis intéressé au tourisme de montagne, que je considère comme une entreprise globale.» Les saisons de ski sont trop courtes pour faire vivre la station, qui «doit tourner 60% de l’année pour être rentable». Alors, Daniel Salzmann mise sur une académie de musique classique pour jeunes pianistes, les Semaines musicales de Crans-Montana. «C’était le projet d’un ami compositeur», explique-t-il. Mais les acteurs locaux se déchirent et Daniel Salzmann jette l’éponge. Il sponsorise alors un concours hippique par le biais de l’une de ses cliniques privées. «Je suis moins engagé dans ce projet que dans les événements culturels mais je l’ai défendu et j’ai servi en quelque sorte d’intermédiaire avec les pouvoirs politiques», explique-t-il.

Avec les années, Daniel Salzmann a acquis une connaissance fine des conflits politiques locaux. La station est composée de six communes dont le projet de fusion en une seule collectivité a échoué en raison d’anciennes inimitiés et d’inégalités de revenus. «La plus grande difficulté des Valaisans, c’est de penser en termes de bien commun», explique-t-il. «Je pense à Crans-Montana, qui est le poumon économique de la région, et non aux entités politiques qui la gèrent», répond-il quand on lui demande si ses choix d’investissement ou de mécénat ne suscitent pas des jalousies. «Le Valais a trop misé sur la vente de terrain et les affaires immobilières et il est très en retard dans sa politique touristique, critique-t-il. Pour exister sur un marché mondial, cela serait idéal de proposer le Cervin, Crans-Montana, Verbier, Saas-Fee et d’autres stations ensemble.»

Sa grande implication financière à Crans-Montana confère du pouvoir à Daniel Salzmann. Mais cette relation de dépendance fragilise aussi la station. Sa voisine, Anzère, avait par exemple perdu un festival de musique suite au décès de son mécène. «L’objectif est de permettre à ces divers événements de s’autofinancer pour les rendre pérennes, explique le quinquagénaire. Je me donne une année et demie à deux ans pour que la Fondation Pierre Arnaud vole de ses propres ailes grâce aux subventions, aux sponsors, à la vente des panneaux solaires de sa façade, à la billetterie et à la restauration», explique-t-il.

«Le Valais est très en retard dans sa politique touristique»