Hippisme

Le mécène zurichois qui soutient Steve Guerdat

Le milliardaire zurichois Urs E. Schwarzenbach est le propriétaire de Nino des Buissonnets, le hongre français qui a sauté vers la victoire avec Steve Guerdat. Un financier passionné de polo qui ne compte pas pour ce qu’il aime

C’est lui qui a signé le chèque pour Nino des Buissonnets, le cheval qui a porté Steve Guerdat vers la médaille d’or en saut d’obstacles individuel. Plusieurs millions murmure-t-on. Mais le milliardaire zurichois Urs E. Schwarzenbach, 64 ans, n’est pas un homme à regarder à la dépense. Il est à côté d’Yves Piaget, l’ancien patron des montres de luxe, le sponsor principal du cavalier jurassien.

L’engagement d’Urs E. Schwarzenbach, qui était dans les tribunes à Londres pour saluer la victoire de son protégé, s’explique en partie par sa passion pour le polo, et donc pour les chevaux. Le jeune prodige de l’équitation helvétique vit et s’entraîne d’ailleurs à Herrliberg, sur la Goldküste zurichoise, là où sont les écuries de son mécène.

Urs E. Schwarzenbach, 64 ans, a bâti sa fortune personnelle, estimée entre 1 et 2 milliards de francs, sur le négoce de devises. Né à Küsnacht d’un père imprimeur, il a commencé à l’UBS, à Zurich, puis à Londres, avant de fonder sa propre entreprise. N’accordant des interviews qu’au compte-gouttes, il a répondu en 2010 à la Weltwoche qui lui demandait comment il avait fait pour devenir si riche: «Just flip the coin. Either you buy or you sell. (Tire à pile ou face. Soit tu achètes, soit tu vends). Plus sérieusement. Mon père m’a donné un capital de départ quand j’ai commencé à 21 ans à l’UBS. J’ai eu de la chance. Lorsqu’on commence jeune et qu’on est encore sans obligation, on peut risquer beaucoup, plus que les autres. C’était facile.»

Vaguement cousin avec le James Schwarzenbach des initiatives xénophobes, avec un oncle socialiste, il se dit apolitique. Mais il est un fervent Européen. «Je me sens avant tout lié au drapeau bleu »a-t-il déclaré au TagesAnzeiger dans une autre rare interview. Dans laquelle – c’était en juin 2011 – il aurait bien vu la Suisse introduire l’euro à un taux de 1,50 franc.

Il vit essentiellement entre Londres et St-Moritz, avec des passages réguliers à Zurich pour surveiller l’état de sa fortune. Depuis 2010, il est consul honoraire de Mongolie. Les chevaux toujours, et les matières premières un peu. Le réseau de ce joueur passionné de polo qui ne dédaigne pas à l’occasion le jass est impressionnant. Il lui arrive de fréquenter le Prince Charles, il est ami avec son jeune frère le Prince Edward, dont il a sauvé l’entreprise de production de films de la faillite il y a une dizaine d’années.

Car quand il aime, il ne compte pas. Il a ainsi repris le légendaire Hôtel Dolder à Zurich. Et investit 500 millions de francs dans les travaux de rénovation et d’agrandissement qu’il a confiés personnellement à l’architecte star britannique Norman Forster. A St-Moritz, « son domicile de coeur », Urs E. Schwarzenbach a également remis à flot l’hôtel Suvretta House. Plus anecdotique, mais tout autant révélateur: le financier, qui possède déjà la compagnie Air Engiadina, n’a pas hésité à racheter l’aéroport de Samedan en difficultés. Car c’est quand même la station la plus proche de sa résidence à St-Moritz, la Chesa Futura, villa en forme de courge dessinée par son ami Norman Forster, qui d’autre.

Le Dolder Grand, comme il a été rebaptisé lors de sa réouverture en 2008, a bouclé l’exercice 2011 avec un découvert de 23 millions de francs. Cela n’ébranle pas Urs E. Schwarzenbach, qui dément régulièrement vouloir se défaire de ce gouffre à millions. Il a réalisé un autre rêve. Il a transféré au Dolder une partie de sa collection privée d’art qu’il a constitué au cours des derniers quarante ans. Plus de cent pièces, dont Miro, Dali, Henry Moore, Tamara de Lempicka ou Damien Hirst. En dessus de la réception trône «Big Retrospective Painting» d’Andy Warhol.

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