Le médecin de famille doit être au centre du système de santé. Des syndicats proposent de rendre obligatoire le passage par un interlocuteur personnel afin de garantir une prise en charge globale et efficace dans le cadre de l'assurance maladie de base. L'Union syndicale suisse (USS), le Syndicat des services publics (SSP), l'Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI) ainsi que la Fédération des associations professionnelles du domaine de la santé (FSAS) ont présenté lundi à Berne un modèle visant à contrebalancer le cours, à leurs yeux antisocial et contre-productif, de la révision de la LAMal en discussion au parlement.

«L'interlocuteur de santé personnel», à consulter en priorité, sera généralement le médecin de famille, un réseau de médecins, un cabinet groupé, un service ambulatoire ou un pédiatre. Entre 80 et 90% des cas pourraient être réglés à ce niveau, a relevé devant les médias Beat Ringger, secrétaire central SSP. Le potentiel d'économies est estimé entre 10 et 20%. Cette solution permettra d'éviter les doublons tout en encourageant la prévention. L'interlocuteur de référence, à la fois coordinateur des prestations au sein de la chaîne thérapeutique et contrôleur de la qualité, pourra diriger le patient vers un spécialiste si un traitement ou une intervention spécifique sont requis.

Menace de référendum

Le patient n'aura toutefois pas besoin de passer par lui pour les cas d'urgence, ni pour les examens de routine gynécologiques, ophtalmologiques et pédiatriques. L'assuré sera en outre totalement libre de choisir son interlocuteur personnel et d'en changer. Les référents seront accrédités par l'Etat.

Les critères à remplir devront être axés sur la qualité, et pas seulement les coûts, a plaidé la présidente de la FSAS, Eva Kuster. L'Etat doit également jouer un rôle accru en matière de planification. La position des hôpitaux publics doit être renforcée, tout comme le concept de réduction des primes de l'assurance de base.

Les partisans de ce modèle de soins «intégré» se disent opposés à un système purement étatique, source de listes d'attente et qui pourrait vite devenir victime d'une politique d'économies.

Les professionnels et les assurés doivent être au centre du système de santé, et non les caisses maladie, a souligné le président de l'USS, Paul Rechsteiner. Et de brandir la menace du référendum contre la réforme du financement des soins à domicile et dans les EMS, sur laquelle le Conseil national doit se pencher prochainement. Cette réforme va conduire à un report de charges sur les personnes concernées. Sans surprise, le modèle des syndicats a été accueilli avec scepticisme par Santésuisse. L'organisation faîtière des assureurs maladie n'est pas opposée sur le fond, mais elle s'inquiète de l'orientation choisie. Cela renforce l'étatisation du secteur de la santé et risque de créer un système à deux vitesses, car les personnes ayant les moyens pourront le contourner, a analysé son porte-parole Nello Castelli.