La Société médicale de la Suisse romande (SMSR) pousse un coup de gueule. Elle réclame une baisse des primes maladie d’«au moins 4%» pour l’an prochain et demande au Conseil fédéral d’intervenir dans ce sens.

Notre éditorial: Pourquoi les primes doivent baisser

La SMSR ne se fie pas au monitoring de l’évolution des coûts mis à jour par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), selon lequel les dépenses n’auraient baissé que de 0,1% au premier semestre 2020 par rapport au premier semestre de l’an dernier. Selon elle, ces données, ne reflétant que le coût moyen par assuré soigné, ne sont pourtant guère significatives pour l’année en cours, totalement chamboulée par la crise du coronavirus. Elle préfère donc se baser sur deux enquêtes de terrain auprès des prestataires de soins. Un sondage effectué auprès des médecins romands a montré que durant les 41 jours du semi-confinement, les cabinets ont enregistré une baisse d’activité de 62%. Quant aux hôpitaux suisses, qui ont dû cesser toutes les opérations non urgentes, ils ont déploré une perte de revenu entre 1,4 et 1,8 milliard de francs durant le premier semestre. Selon leur association faîtière H +, cette perte pourrait même grimper à 2,6 milliards d’ici à la fin de l’année.

Changement de paradigme

«Au final, il est probable que les coûts de la santé à la charge de l’assurance de base s’avéreront inférieurs d’environ 1,5 à 2,5 milliards en 2020 à ce qu’auront perçu les caisses, ce qui équivaut au minimum à 4%, voire 8% de primes», en déduit Philippe Eggimann, le président de la SMSR.

Selon lui, il est grand temps de changer de paradigme dans le calcul des primes. «La crise du coronavirus l’a montré: il est impératif de fixer les primes a posteriori plutôt que de continuer à le faire sur la base des estimations toujours pessimistes des caisses maladie», insiste-t-il. Cela d’autant plus que l’OFSP le fait dans l’opacité la plus totale. «Dès lors, les assurés ont le sentiment que la hausse des coûts est deux fois plus importante qu’elle ne l’est en réalité.»

Les assureurs sont loin de partager cette analyse. «Contrairement à ce qu’affirme la SMSR, nous n’observons pas de diminution des coûts de la santé au premier semestre de cette année, en comparaison avec ceux de l’an dernier», affirme-t-on à l’association faîtière Santésuisse. Celle-ci pronostique même une légère hausse des coûts de la santé d’ici à la fin de l’année en se basant sur le monitoring de l’OFSP, qu’elle estime beaucoup plus crédible que les sondages des prestataires de soins.