Genève

Médecins genevois: le bras de fer se poursuit

Malgré une entrevue avec le conseiller d’Etat Mauro Poggia, les chirurgiens de la main n’ont pas cessé leur grève. Pendant ce temps, à Berne, une solution de rémunération au forfait a été trouvée pour les ophtalmologues

En début de semaine, le conseiller d’Etat Mauro Poggia nourrissait un espoir: la suspension de la grève des médecins genevois. Mais à l’issue d’une rencontre, jeudi, avec les chirurgiens de la main, son espoir a été douché. Si ceux-ci saluent l’ouverture du dialogue avec le ministre, ils n’ont pas infléchi leur position pour autant: «Nous attendons deux échéances importantes, fin février, pour décider de suspendre éventuellement notre action», explique Stéphane Kämpfen, président du groupe des chirurgiens de la main genevois. Il s’agit d’une assemblée générale extraordinaire de ces spécialistes suisses et, trois jours plus tard, des Genevois.

Durs à cuire, ces praticiens du bout du Lac. Pour protester contre l’adaptation de certains tarifs médicaux (TarMed), décidée par le Conseil fédéral faute d’avoir trouvé un accord avec les partenaires, les chirurgiens de la main, les orthopédistes, les gynécologues et les urologues ont suspendu les opérations non urgentes. Sans surprise, seuls les Genevois ont choisi ce modus operandi. Face à un Mauro Poggia furieux, qualifiant leur action de «prise d’otage des patients» et fustigeant leur «incapacité d’introspection», ils sont montés aux barricades, tentant de justifier leur action. Un exercice réitéré jeudi: «Nous avons expliqué à Mauro Poggia que notre action ne peut être qualifiée de prise d’otage, puisque nous assurons les urgences. Nous avons aussi produit des chiffres. Le revenu d’un chirurgien de la main provenant de la LAMal représente 140 000 francs par an.»

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Un projet pilote cantonal

Cette ligne de défense n’a pas amené le conseiller d’Etat à davantage de compréhension. En revanche, il a évoqué la possibilité d’un projet pilote cantonal d’une rémunération au forfait (la prise en charge du patient de bout en bout), et non à l’acte. Si l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) y consent, encore faudra-t-il se mettre d’accord sur les prix. A entendre le ministre et le représentant des médecins, on en doute: «Il faut que ce montant fixe soit plus économique pour la collectivité», estime Mauro Poggia. Ce à quoi rétorque Stéphane Kämpfen: «Notre but est de rétablir une rémunération couvrant nos charges, comme cela était possible avant la révision de TarMed. J’ajoute que ces revenus n’ont pas changé depuis vingt ans.»

Accord sur un tarif forfaitaire

Il n’est pas exclu qu’une solution fédérale se dessine dans l’intervalle. En effet, Santésuisse et l’Association suisse des médecins avec activité chirurgicale et invasive (FMCH) ont signé vendredi une convention sur un tarif forfaitaire ambulatoire, incluant prestations pré et postopératoires. Pour l’heure, seuls les ophtalmologues sont concernés, mais un projet similaire est en préparation pour la chirurgie de la main, la radiologie, la chirurgie pédiatrique et l’orthopédie.

Le montant des forfaits est élaboré par les chirurgiens, qui le proposent ensuite à Santésuisse: «On attend avec impatience l’offre des chirurgiens de la main, explique Verena Nold, directrice de Santésuisse. Si elle nous semble réaliste, nous irons dans ce sens.» Car des tarifs forfaitaires ambulatoires simplifient la facturation et réduisent les charges administratives. Alors que la tarification à l’acte favorise une inflation du volume des prestations. Mais l’attitude genevoise, à Berne, est très mal comprise: «Cette grève est dommageable, car ce sont les patients qui en souffrent. Et je ne pense pas qu’elle fasse changer d’avis Alain Berset!» s’exclame Verena Nold.

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