Santé

Les médecins rejettent toute séparation de l’Hôpital neuchâtelois

L’avant-projet de loi hospitalière élaboré par le Grand Conseil est contesté par le monde médical, qui propose un modèle alternatif. Le chemin d’une sortie de crise apparaît encore long dans ce dossier qui ne cesse d’empoisonner le canton

La réforme de l’Hôpital neuchâtelois (HNE) ressemble de plus en plus à la recherche de la quadrature du cercle. Début septembre, pourtant, la Commission de la santé du Grand Conseil pensait avoir trouvé la solution permettant enfin de mettre en œuvre l’initiative «pour deux hôpitaux». Mais ce projet, qui prévoit la création de deux sites distincts de soins travaillant en réseau, est aujourd’hui contesté par le terrain. La direction de l’HNE estime que ce système est inapplicable. Elle l’a fait savoir dans une prise de position que Le Temps a pu consulter.

Retour à la situation de 2005

Si elle salue la volonté de la commission de trouver un consensus, l’HNE met en garde: l’autonomisation des sites telle que proposée par les députés serait hautement préjudiciable, entraînant «le démantèlement des 25 services médicaux transversaux». «Cette option nous ferait revenir en 2005 à l’époque des hôpitaux de district, confirme Olivier Plachta, son directeur médical. On ne peut pas répondre aux nombreux défis hospitaliers nationaux en séparant les médecins, dont plus de 70% travaillent aujourd’hui sur plusieurs sites.»

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Dans sa réponse, l’HNE propose au Grand Conseil un modèle alternatif. Celui-ci prévoit en résumé de garder des services médicaux cantonaux, avec toute la palette des soins aigus, ainsi que des urgences et des blocs opératoires, tant à Neuchâtel qu’à La Chaux-de-Fonds, ainsi que le regroupement de la réadaptation dans les Montagnes. «Notre projet répond à 85% aux exigences formulées par l’initiative», assure Olivier Plachta.

Traumatisme de février 2017

Durant cette phase de consultation, la vice-présidente de la Commission de la santé, Florence Nater, ne souhaite pas «commenter formellement» la réponse de l’HNE. A titre personnel, la présidente du Parti socialiste neuchâtelois reste persuadée que le projet parlementaire est un bon point de départ – «même s’il reste du travail» – et qu’il est un pas important sur la voie de l’apaisement après le choc de la votation du 12 février 2017. Ce scrutin demeure un traumatisme. Au terme d’une campagne hargneuse, une majorité de la population demandait le maintien des soins aigus dans les Montagnes. Une claque pour le gouvernement et des tensions attisées entre le haut et le bas du canton.

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En mars dernier, à contrecœur, le Conseil d’Etat proposait donc un projet préconisant une mise en œuvre scrupuleuse de l’initiative, soit le démantèlement de l’HNE en trois sociétés anonymes. Inconcevable pour la Commission de la santé du Grand Conseil, qui lui a donc opposé un plan B, à son tour mis en cause par le milieu médical.

Conseil d’Etat optimiste

Face à ces atermoiements, Laurent Kurth, chef du Département de la santé, se montre néanmoins optimiste: «Il y a bien sûr de nombreux problèmes liés à la complexité du mandat de l’initiative, mais je sens une volonté des différents protagonistes de trouver un compromis.» Concrètement, le projet finalisé de la Commission de la santé devrait être soumis à l’approbation du Grand Conseil au début de l’année prochaine.

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