Après l'Association des cliniques privées, c'est au tour des médecins spécialistes de monter aux barricades contre les nouveaux tarifs médicaux. Ils sont inquiets: selon leurs calculs présentés jeudi, ils perdront jusqu'à 85% de leur revenu sur certaines interventions, et en moyenne 43%. Une baisse «inacceptable», estiment-ils. Regroupés dans une nouvelle association, la Foederatio Medicorum Scrutantium (FMS), quelque 6000 praticiens – représentants de 18 spécialisations, parmi lesquels notamment les gynécologues, les urologues, les chirurgiens et les radiologues – brandissent le spectre de la disparition «de groupes entiers de spécialistes». Sur la base des deux études, l'association craint la disparition d'hôpitaux et, plus grave encore, «une baisse de qualité irrémédiable» des prestations.

A la FMH, on accueille ce mouvement de protestation avec sérénité: selon son porte-parole Reto Steiner, «ce n'est ni la première ni la dernière opposition». «La nouvelle structure tarifaire fait encore l'objet de vives discussions», renchérit Harald Sohns, de l'Office fédéral des assurances sociales, interrogé par l'ATS. Dans ce contexte, la FMH considère les chiffres produits par la FMS comme un élément intéressant du débat. Au point de les publier dans les pages du journal des médecins, «preuve que nous ne sommes pas contre la FMS», estime Reto Steiner. Ce qui ne l'empêche pas de considérer ces chiffres comme faux, tenant de la spéculation: «C'est un jeu politique. Aujourd'hui, il est trop tôt pour savoir ce qui va se passer.» Et son jugement s'applique également à l'annonce faite par Monsieur Prix en juin, selon laquelle les primes d'assurance pourraient augmenter de 6 à 7%. A entendre le porte-parole de la FMH, ce n'est qu'après deux ou trois mois de fonctionnement qu'il sera possible de connaître les conséquences du changement tarifaire: «D'ailleurs, rien n'est définitif. S'il s'avérait alors que les coûts explosent, nous pourrions toujours corriger le tir.»

Les partenaires de TarMed s'apprêtent à riposter aux arguments de la FMS par les mêmes moyens. Les résultats de leurs propres calculs seront publiés dans le même journal, vraisemblablement à la mi-août, «pour que chaque membre puisse comparer»: «Mais ce ne sont là aussi que des hypothèses, reconnaît le porte-parole de la Fédération des médecins. Comment savoir d'avance combien d'actes seront accomplis? De ce fait, tout le monde est sûr d'avoir raison.»

Reto Steiner ne nie pas que certains revenus vont sans doute baisser. Mais quand la FMS lui oppose l'argument d'une détérioration des prestations, il rit: «Un médecin est d'abord médecin. Je suis certain que face à un patient sur une table, un chirurgien ne pense pas à son salaire. Il pense à faire de son mieux.»