«Pour régler la question du prix des médicaments, il suffirait d'entrer dans l'Union européenne.» Au-delà de son goût amer pour les europhiles, la boutade de Christiane Brunner, présidente du Parti socialiste suisse, montre qu'avec le rejet de l'initiative Denner par 69,1% des votants, le débat sur le prix des médicaments ne fait que commencer. C'est d'ailleurs cette amorce de discussion qui réjouit les partisans de l'initiative et les incite à considérer 30,9% de oui comme un succès. Quant à ceux qui ont combattu le texte de Denner, ils sont également satisfaits du résultat car ils craignaient que le titre même de l'initiative, «Pour des médicaments à moindre prix», n'induise les votants en erreur.

Reconnaissance des solutions politiques

«J'ai perdu tous mes paris, concède Marcel Mesnil, secrétaire général de la Société suisse de pharmacie (SSPh). Je pensais que l'initiative Denner ferait environ 40% des voix, en raison de son slogan opportuniste. Manifestement, les électeurs ne veulent pas risquer une baisse de la qualité des médicaments. Ils sont favorables aux génériques, mais pas à l'obligation de substitution qu'exigeait l'initiative.»

Le secrétaire général de la SSPh lit également ce résultat comme une reconnaissance des solutions politiques proposées. A savoir, le droit de substitution d'un médicament original par une copie pour le pharmacien, la nouvelle rétribution de cette branche, et l'autorisation des importations parallèles pour les médicaments hors brevets. Argument plus pragmatique encore, de nombreux emplois dépendent en Suisse de l'industrie pharmaceutique, un facteur qui a certainement eu une influence sur les votes. A Bâle-Ville les suffrages dépassent en effet la moyenne Suisse avec un rejet de 70,8%. Mais ce sont les cantons romands qui balaient littéralement l'initiative avec en tête le Jura (80% d'opposants), le Valais (79,9%), Vaud (77,5%), Fribourg (76,4%), Genève (74,9%) et Neuchâtel (74,5%). A remarquer également le résultat d'Appenzell Rhodes-Intérieures (75,1%), un refus bien plus net que dans le reste de la Suisse alémanique – où l'on reste nettement au-dessous de la barre des 70% – pour ce canton où le recours aux médecines et potions locales est particulièrement marqué. Une réaction qui rappelle que l'ouverture des frontières concernait également les médicaments non soumis à ordonnance.

Colette Nova, secrétaire dirigeante à l'Union syndicale suisse (USS), se réjouit du rejet d'une initiative «dangereuse pour la santé». Et estime qu'on ne peut résoudre le problème du coût des médicaments en s'attaquant à leur seul prix. La part importante des oui, pour soutenir un texte discutable, montre toutefois qu'il y a un véritable malaise, indique-t-elle. Un malaise que l'initiative santé des socialistes et de l'USS pourrait contribuer à dissiper.

Marlyse Dormond, conseillère nationale socialiste et responsable de la caisse maladie CPT pour le canton de Vaud, avait, elle, choisi d'adhérer au comité de soutien à l'initiative Denner. La Vaudoise ne se faisait pas d'illusion sur les chances de ce texte devant le peuple, et considérait dimanche comme une réussite les 30% de oui obtenus. «Cette initiative a permis l'ouverture d'un débat, une prise de conscience du poids du prix des médicaments sur les primes. Elle a joué le même rôle que celle en faveur de la suppression de l'armée en son temps: l'engagement d'une discussion. Elle doit absolument se poursuivre, différentes motions allant dans le sens d'une réduction des coûts seront d'ailleurs examinées par le Conseil national lors de la session de Lugano.» Marlyse Dormond compte également, comme Colette Nova, sur l'initiative socialiste «La santé à un prix abordable», repoussée par la Chambre du peuple en décembre 2000, et qui propose de fixer les primes en fonction du revenu et de la fortune.

Le Conseil fédéral a quant à lui salué le rejet de l'initiative Denner. Ruth Dreifuss a néanmoins rappelé qu'il était indispensable de poursuivre les efforts pour la réduction des prix et la substitution générique. Elle a également demandé à l'industrie pharmaceutique de collaborer à cet objectif.