Une enquête menée par Rhône FM fait état de conditions de travail désastreuses au sein de la Clinique Bernoise Montana. D’anciennes employées dénoncent des dysfonctionnements dans l’organisation interne ainsi que dans la prise en charge des patients. L’une d’elles déclare qu’en six mois «cinq patients se sont donné la mort en sautant des balcons».

Le risque de parler

Politique de la peur, harcèlement, manque d’effectif et surcharge de travail: le personnel médical est au bord de la crise de nerfs. Plusieurs témoins confient avoir fait un burn-out et vu nombre de leurs collègues démissionner ou être renvoyés. D’après les sources de Rhône FM, les trois quarts du personnel de la clinique – 220 collaborateurs, tous services confondus – sont partis ces dernières années. La situation est telle que des patients de cet établissement de réadaptation médicale et neurologique «dorment dans leur urine ou se déshydratent par peur de devoir appeler pour aller aux toilettes», poursuit l’article.

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La crise sanitaire a engendré des réorganisations structurelles «qui sont allées beaucoup trop loin et à un coût humain beaucoup trop important», estime une ancienne employée. Celle-ci n’hésite pas à employer le terme de «dictature.» Elle a tenté de s’exprimer concernant ce climat délétère mais «dire les choses ne servait à rien. C’était parfois même pire. J’ai été isolée professionnellement et j’ai fini par devenir fragile.»

Une consœur confie que plusieurs employés se sont rendus dans le bureau des ressources humaines pour signaler ces problèmes. «Mais c’était toujours la même chose, si l’on essayait de prendre la parole, on risquait des représailles, dit-elle. Pas pour avoir parlé, mais pour des motifs qui n’avaient rien à voir.»

L’accès aux toilettes

Interrogé sur ces cas, le directeur de la clinique, Benoît Emery, annonce qu’un lanceur d’alerte vient de lui faire remonter des situations de mobbing et de harcèlement à l’interne et qu’un audit externe a été ordonné. Il ajoute que le nombre de suicides et de départs estimés par les témoins ne correspond pas à ses données: le taux de rotation de la Clinique Bernoise Montana est de 20%, il y a eu cinq licenciements l’an dernier, 12 collaborateurs sont actuellement en arrêt maladie et il y a eu cinq suicides en dix ans.

Concernant la présumée maltraitance envers les patients, Benoît Emery répond que les «infrastructures ont un certain âge» et qu’une partie des patients «doivent se déplacer de l’autre côté du couloir pour atteindre les toilettes», mais que des investissements pour installer des toilettes dans les chambres sont prévus. «Nous avons eu des sondes urinaires défectueuses pendant une longue période. Les soignants remarquaient le matin que les poches avaient explosé […] Les infirmiers respectent le sommeil des patients, nous n’allons donc pas leur demander de vérifier si les draps sont mouillés à n’importe quelle heure.»

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Pour lutter contre la politique de la peur décriée dans cette enquête, le directeur rappelle que sa «porte et celle des ressources humaines sont toujours ouvertes pour discuter des potentiels problèmes».