Micheline Calmy-Rey, patronne des Finances genevoises, respire. En dépit du vote positif de la commission des finances du Grand Conseil mercredi soir (Le Temps du 14 décembre), les députés ont tout de même mis cinq heures avant d'adopter le budget par 53 «oui», 37 «non» et 5 abstentions. Pour n'aboutir finalement qu'à des économies supplémentaires très marginales. Lors du vote, la gauche a bénéficié du soutien des démocrates-chrétiens.

Aux côtés des libéraux et accessoirement de l'UDC, ce sont avant tout les radicaux – désormais électron libre de l'Entente bourgeoise, puisqu'ils n'ont plus de conseiller d'Etat – qui ont justifié leur refus du budget en tentant d'amender le budget de la commission des finances. Le vice-président du parlement, Bernard Lescaze aura été le chantre des attaques radicales. «Il faut rester modeste en matière d'économie. Il est toujours utile pour le bien public de grappiller quelques millions», estime Bernard Lescaze qui a, pour l'anecdote, réussi à obtenir 250 000 francs d'économie sur les excursions scolaires prévues à Expo.02, mais aussi 450 000 francs en réduisant de moitié un crédit d'étude sur un déménagement de l'Office cantonal de la population. Son collègue de parti Jean-Marc Odier s'étonne pour sa part que la volonté de rembourser substantiellement la dette ait déjà disparu une fois les élections passées. «Réduire la dette est prioritaire. Les intérêts qu'elle génère sont de un million de francs par jour. Il faut le faire pendant qu'on dispose toujours d'une marge de manœuvre», prévient-il.

Derrière ces débats d'épiciers affleure toutefois l'incontournable question de la dette de l'Etat qui culmine à 9,5 milliards de francs. Le député libéral Pierre Weiss a lancé quelques coups de semonce: «Nous n'avons réussi à réduire la dette qu'en diminuant les investissements. Il est désormais temps d'entreprendre des réformes structurelles par une modification des lois sociales et fiscales pour sceller le robinet des dépenses.»

Face à ces offensives, Micheline Calmy-Rey reste sereine et dit comprendre la volonté de la nouvelle majorité de «poser des actes symboliques». Mais la présidente du gouvernement réfute l'accusation selon laquelle la situation de l'Etat est mauvaise. Elle rappelle que pour la quatrième année consécutive, le budget dégage un excédent (63 millions avant l'attribution à la réserve conjoncturelle) et fait état d'investissements autofinancés à hauteur de 172%. Selon la magistrate, la croissance des revenus (5,8%) demeure supérieure à celle des charges (5,2%).

Cela étant, la patronne des Finances met en garde contre la «réductomanie» de la droite. «Je n'arrive pas à comprendre cette attitude. D'autant que plusieurs projets fiscaux de la droite pourraient diminuer les recettes de l'Etat de 350 millions, je m'inquiète car on risque ainsi de reporter sur les générations futures le poids de la dette.» Et Micheline Calmy-Rey d'ajouter: «Aujourd'hui, nous gérons la dette en flux tendus et avons élaboré un projet de caisse unique pour mieux gérer les liquidités.»

Quant au PDC, fort de son succès électoral qui lui a permis de placer deux de ses représentants au Conseil d'Etat, il a retrouvé une confiance. Et n'a pas eu de scrupules à se distinguer des cousins libéraux et radicaux de l'Entente.