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Zurich

Même plus modeste, leur stade divise les Zurichois

Ils se prononcent le 22 septembre sur un crédit de 216 millions. Sur fond de saga mouvementée, la campagne autour de l’ancien Hardturm est bien lancée dans une ville où le football ne réunit pas toujours les foules

La défaite fut doublement amère mardi dernier pour les supporters de foot zurichois. Grasshopper échouait dans les éliminatoires de la Ligue des champions et la venue d’un grand club tel l’Olympique lyonnais ne mobilisait pas plus de 9500 spectateurs dans le Letzigrund. Certes, c’est la pause estivale. Mais à six semaines d’une échéance dans les urnes, le signal pourrait préoccuper. Le 22 septembre, les citoyens de la ville, fans ou non du ballon rond, diront s’ils acceptent un crédit de quelque 216 millions pour un nouveau stade en lieu et place du défunt Hardturm (avec une garantie de déficit annuelle de 8 millions). La bataille échauffe les esprits depuis plusieurs semaines. Elle ravive une virulente partie de ping-pong politico-juridique qui dura plus de quinze ans. Dans ce contexte, le choix PLR fait début juillet de soutenir le non a surpris, quelle que soit la force faiblissante du parti en ville. Et si la population snobait l’aval clair du parlement donné à cette dépense conséquente (par 101 contre 15)? Car la construction de ce futur stade, contrairement à ce qui fut le cas pour une grande part de ses pairs helvétiques, reposerait en grande partie sur la manne publique. Retour sur une saga qui a égratigné la fierté des autorités de la plus grande ville de Suisse.

L’histoire

En 2003, les Zurichois acceptent un crédit de 47 millions pour un nouveau Hardturm, projet baptisé «Pentagon», conçu pour 30 000 spectateurs, notamment dans l’op­tique de l’Euro 2008. Devisé à 350 millions et cofinancé par Credit Suisse, il doit être accompagné de surfaces commercialisables, à l’entrée ouest de Zurich. La réjouissance des promoteurs est de courte durée. Les recours de l’Association transports et environnement et de riverains conduisent au Tribunal fédéral pour des litiges liés notamment aux places de stationnement. Faute de temps, Zurich, blessée dans son orgueil, est contrainte de remettre à neuf l’autre stade, le Letzigrund, d’ordinaire réservé à l’athlétisme, pour participer à l’Euro 2008. Parallèlement, le débat prend une allure nationale avec l’initiative libérale-radicale pour la suppression du droit de recours, finalement largement rejetée par le peuple en novembre 2008 (66%). Quelques semaines plus tard, les pelles mécaniques détruisent les gradins du stade. L’année suivante, c’est Credit Suisse qui abandonne la partie après avoir «confié» le terrain à la Ville.

Le nouveau projet

Si le peuple l’accepte, «Hypodrom», enceinte rectangulaire dessinée par le bureau argovien Burkard Meyer, sera dès 2017 le repaire commun des deux clubs, Grasshopper et FC Zurich. Avec 19 000 places, 16 000 lors de compétitions européennes, et surtout sans centre commercial ni autre affectation privée, les ambitions ont fondu au soleil depuis 2003. «Zurich, même sans être une ville de foot comme Bâle, est un épicentre pour ce sport. Nous ne pouvons pas nous passer d’un stade», assure le responsable des Constructions, André Odermatt (PS). Le municipal l’assure: un public se mobilise davantage si les infrastructures existent. «Et le Letzigrund n’est pas pensé pour des matches de football, quoi qu’en disent les adversaires.» Son parti a donc donné son feu vert, fortement stimulé par un lotissement de 154 appartements abordables (grâce à un crédit de 104 millions) joint au projet en cas de double oui. Mais aussi, soulignent certains commentateurs, avec un sentiment de culpabilité suite aux déboires du projet «Pentagon».

Le combat politique

«Construire un stade n’est pas le devoir d’une Ville; et ce projet est beaucoup trop cher au vu de ses dimensions», clame pour sa part Gian von Planta. Ce député vert’libéral au parlement est un ancien espoir des Grasshoppers junior. Avec le comité «Non au financement du stade», il dénonce «un jeu de poker» auquel s’adonnent les clubs pour éviter de débourser (ils verseront un loyer annuel estimé à 5 millions). Or, il n’est plus seul. Des arguments similaires ont séduit dans ses rangs mais aussi du côté du PLR, et la position de l’UDC sera connue fin août. Même la menace de faire de Zurich une «ville de province» brandie par le conseiller national Ruedi Noser n’a pas convaincu les représentants libéraux qui recommandent un rejet (50 contre 23). Pour Urs Egger, membre du comité cantonal PLR et président du groupe de soutien du stade, «l’histoire tumultueuse du lieu ne permet pas de s’en remettre au privé. C’est un investissement de la Ville et il y aura un retour, assure-t-il, car que ferait Zurich sans stade de foot?»

Les prochaines semaines promettent une campagne mouvementée. Pour ajouter de l’huile sur le feu, l’ancien maire et défenseur du Hardturm Elmar Ledergerber, directeur de Zürich Tourisme, aurait changé de camp. Il a laissé entendre à la télévision que l’idée de faire assumer aux contribuables une telle dépense lui posait problème, notamment au vu des soucis de hooliganisme.

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