L'Union européenne est prête à engager des «discussions exploratoires» avec la Suisse en vue de l'associer aux Accords de Schengen. Le commissaire européen aux Relations extérieures l'a annoncé dans une lettre adressée mercredi à Joseph Deiss. Chris Patten y réaffirme néanmoins le souhait de Bruxelles d'entamer «sans retard» les négociations sur la lutte contre la fraude douanière et la fiscalité de l'épargne.

L'exécutif communautaire répond ainsi officiellement aux trois lettres que le Conseil fédéral lui a envoyées, ainsi qu'à la présidence suédoise de l'Union, le 31 janvier. Le gouvernement y détaille ses priorités pour un nouveau round de bilatérales qu'il souhaite élargir à la coopération en matière de police et justice (Schengen) et d'asile (Dublin).

Bruxelles a informé les Quinze de la volonté de la Suisse d'obtenir des assurances sur ce dossier avant de se mettre à table. Chris Patten ne répond toutefois qu'en termes vagues à cette revendication. Les Etats membres, écrit-il, ont chargé la Commission «de mener avec la Suisse des discussions exploratoires» sur Schengen et Dublin, mais «sans engagement quant à leur finalité». «Je ne peux vous dire plus à ce stade, mais pense quand même que cela pourrait être le signal dont vous m'avez parlé au téléphone», ajoute-t-il, faisant référence à l'entretien qu'il a eu avec Joseph Deiss le 16 février.

De quoi laisser le Conseil fédéral sur sa faim. Il exige des assurances en bonne et due forme des Quinze. Moritz Leuenberger l'a confirmé à Göran Persson, le premier ministre suédois, vendredi dernier à Stockholm. «Les Suisses, affirme un diplomate européen, ont dit clairement qu'ils voulaient un signal des Quinze et pas seulement de la Commission.» Tout indique qu'ils finiront par l'obtenir.

La lettre de Chris Patten a en effet jeté un froid chez les Etats membres, qui s'étonnent de ne pas avoir été consultés. «La Commission s'est fait taper sur les doigts», s'amuse un diplomate. Et pour cause: la missive du commissaire a mis devant le fait accompli les ambassadeurs des Quinze qui débattaient précisément mercredi de l'attitude à adopter face à la Suisse.

Du coup, la Suède a décidé d'adresser à son tour une lettre au Conseil fédéral dans les jours à venir. Elle y confirmera la disponibilité de l'Union à engager des contacts exploratoires sur Schengen. Reste à voir si ce signal prendra la forme d'une lettre de la présidence ou du Conseil, ce qui engagerait les Quinze. «Plusieurs options sont sur la table», se borne à répondre un porte-parole suédois.

Quoi qu'il en soit, le ton sera plus modéré que celui de Chris Patten. Les Quinze sont nettement plus conciliants que le commissaire qui brandit la menace «de sérieux effets négatifs» et «de retombées néfastes» si Berne traîne les pieds sur la fraude et la fiscalité de l'épargne.

Un ton guerrier qui déplaît à Berne. Le Département fédéral des affaires étrangères a vivement réagi à la missive du commissaire européen. «Créer un lien entre la ratification des accords bilatéraux et un nouveau round de négociations serait inacceptable», a indiqué jeudi soir le porte-parole Ruedi Christen.