« Ce bon M. Schwarzenbach, dont l’initiative fait trembler tous les Suisses qui se sentent responsables – et il y en a – quelle aubaine pour les conversations s’engageant avec peine dans les bistrots d’Helvétie! N’est-ce pas là un sujet moins futile que le temps? Et plus confortable: on doit toujours redouter, en effet, lorsqu’on parle innocemment de météorologie, que votre interlocuteur n’aille échouer sur les redoutables écueils que sont les réflexions sur la pollution de l’air, sur la bombe atomique, sur l’agriculture, ses méthodes, ses prix, ses subventions…

Rien de tel avec M. Schwarzenbach. Là, il y a parfait accord entre les considérations humanitaires et les exigences du porte-monnaie suisse.

– Ces pauvres étrangers qu’il voudrait tout simplement chasser?

– Ces malheureuses industries qu’il voudrait carrément supprimer?

– Révoltant!

Votre non construira l’avenir du pays: cette fois-ci vous ne risquez pas d’être rangé dans la catégorie des «Neinsager». On en arrive alors, dans un tel type d’entretien, à l’évocation du danger:

– Figurez-vous que 60% de mes ouvriers sont favorables à l’initiative.

– Comme la coiffeuse de ma femme!

– Dieu merci, elles ne votent pas!… Mais, à propos, il me semble que le garçon met bien longtemps pour apporter ces trois décis?

– Vous savez, ces Italiens, on les aime bien, d’accord… mais il faut bien reconnaître qu’ils ne manquent pas de sans-gêne avec la clientèle. C’est comme mes employés: dès qu’on a le dos tourné…

– Ah! Là est le drame; et pourtant, que ferait-on sans eux! »