Café, croissants, tracts: après un mois de silence, la mobilisation a repris mardi matin devant le siège genevois de Merck Serono. A l’appel d’un nouveau comité de soutien réunissant plusieurs associations, syndicats et partis politiques, quelque 200 employés se sont réunis sur le parvis de l’entreprise pour faire savoir qu’ils ne baissaient pas les bras.

Plusieurs intervenants se sont succédé au micro. «Il n’y a pas de vacances pour la lutte syndicale, a lancé la vice-présidente du Parti socialiste genevois, Carole-Anne Kast. Il est important de faire savoir que les Genevois s’intéressent à ce site et qu’ils n’entendent pas laisser tomber les employés.» Député vert au Grand Conseil, François Lefort a quant à lui insisté sur le fait «qu’on ne reproche pas à Merck Serono de faire des bénéfices, mais de détruire des emplois alors que l’entreprise a profité d’exonérations fiscales».

Dans le camp des représentants des employés, Hubert Godinot a exhorté ses collègues à «rester mobilisés» malgré l’échec de la conciliation et a annoncé de nouvelles propositions d’actions dès cette semaine: «Le combat n’est pas perdu. Ni ici ni au siège de Darmstadt. Nous avons déjà écrit à la famille Merck et nous avons toujours la possibilité de saisir la justice allemande, puisque les lois européennes sur les restructurations transnationales n’ont pas été respectées.»

Reste qu’à Genève la conciliation entamée le 3 juillet sous l’égide de la Chambre des relations collectives de travail (CRCT) n’a rien donné. Au terme de plusieurs séances, réunissant les représentants du personnel, la direction et le syndicat Unia, les employés de Merck Serono ont décidé mercredi passé de refuser le paquet négocié, malgré quelques concessions de la direction, portant principalement sur les plus bas salaires, les employés les plus âgés et les temporaires. Des concessions jugées insuffisantes par la majorité des employés. Pierre d’achoppement: l’indemnité de base. L’entreprise proposait un mois de salaire par année d’ancienneté, là où les employés en réclamaient deux, avant d’abaisser leurs prétentions à un mois et demi. Merck Serono étant restée inflexible, l’ensemble a capoté.

Un dernier espoir subsiste pourtant. Pour ressusciter l’accord, la CRCT a recommandé vendredi à Merck Serono d’octroyer un quart de salaire mensuel supplémentaire par année d’ancienneté. Mais la réponse de l’entreprise se fait toujours attendre. Contactée, elle fait savoir «qu’elle ne s’est pas encore prononcée sur la recommandation de la CRCT», pas plus qu’elle «n’a déterminé la date à laquelle elle se prononcera».

Les employés, eux, voteront jeudi sur cette recommandation. Selon les représentants du personnel, ils devraient l’accepter. «Si c’est le cas, et si Merck Serono l’accepte aussi, le conflit sera clos», résume Hubert Godinot. Sans se faire d’illusions: «Je ne serais pas surpris que l’entreprise laisse le conflit s’enliser en attendant que les gens partent.»

Parce que, pendant le mois qu’a duré la conciliation, les employés du site ont commencé à recevoir l’un après l’autre leur lettre de licenciement. Des courriers souvent lourds de conséquences humaines et financières pour ces hommes et ces femmes. Le Temps a rencontré trois d’entre eux.

«Je ne serais pas surpris que l’entreprise laisse le conflit s’enliser en attendant que les gens partent»