Justice

La mère d’un policier genevois ruinée par un marabout

En cinq ans, la plaignante a confié toutes ses économies à un certain «Mbaba». Le filou s’est envolé avec le pactole mais son jeune comparse a été condamné à une peine de 30 mois avec sursis partiel

La mère d’un policier ruinée par un marabout

Genève La plaignante a perdu toutes ses économies. Le comparse est condamné à 30 mois

Devant la justice

Mais qu’est-ce qui peut pousser une septuagénaire à donner toutes ses économies à un parfait inconnu vêtu d’un boubou? La détresse et la naïveté. Doris*, délestée de quelque 665 000 francs par un certain «Mbaba», n’en revient toujours pas: «J’aurais dû être beaucoup plus méfiante et j’aurais dû en parler plus tôt à mon fils.» Un fils, qui plus est, travaille comme inspecteur à la police judiciaire genevoise. «La police secrète», précise-t-elle sans doute en référence à la tenue civile.

Un don de guérison

Evaporé dans la nature, ou plutôt du côté de Conakry, le marabout en question profite tranquillement du pactole alors que son jeune assistant doit répondre de pillage organisé devant le Tribunal correctionnel. Le prévenu a vu le jour il y a 27 ans en Guinée et n’a, selon ses propres termes, pas fait grand-chose de sa vie. Sa demande d’asile refusée, Amadou* s’est reconverti en facteur pour «grand voyant médium» et autres faiseurs de miracles opérant entre la France et la Suisse. Le jeune homme, défendu par Me Romain Jordan, assure qu’il ignorait tout de l’arrière-plan machiavélique de ces courses et du contenu transporté.

Pour Doris, représentée par Mes Saskia Ditisheim et Sylvia Polydor, il n’y a aucun doute. C’est bien à ce garçon qu’elle a remis d’innombrables enveloppes. Et il savait qu’il s’agissait d’argent. La plaignante, 79 ans aujourd’hui, a travaillé toute sa vie avec son mari comme concierge dans une école. Fidèle à la course de l’Escalade jusqu’à une récente fracture de l’épaule, elle ne donne pas vraiment l’image d’une proie égarée et fragile. Et pourtant.

Durant l’année 2009, Doris, très affectée par le décès de son mari, croise le chemin de «Mbaba» dans un parc. Il lui parle. Elle se confie. Il la réconforte. «Il a un don hérité de son grand-père. Il peut guérir avec ses yeux. J’ai senti une chaleur remonter dans ma colonne vertébrale et ma douleur au dos s’en est allée», raconte la plaignante.

Un manège de cinq ans

La question financière s’insinue lentement. Elle lui donne 2 francs, puis un peu plus et finit par lui révéler qu’elle dispose d’une petite fortune à la maison – 450 000 francs et deux lingots d’or – en cas de coup dur. «Mbaba» arrive à convaincre Doris de ne pas laisser cet argent dormir mais de le faire fructifier. Elle lui amène le tout dans un simple sac.

La vie de la veuve devient ensuite un véritable enfer. «Mbaba» en veut toujours plus, prétend que la mise de départ est bloquée et qu’il faut payer le fisc, la harcèle d’appels téléphoniques de jour comme de nuit. Prise dans cet engrenage, Doris retire de grosses sommes – au point d’inquiéter son banquier – pour les remettre au filou. Ce manège dure cinq ans. Aujourd’hui, elle se sent trahie et coupable.

Aux yeux du procureur Dario Nikolic, Amadou mérite une peine de 4 ans pour avoir honteusement et totalement dépouillé cette vieille dame de tous ses avoirs. Une enquête bâclée et une victime «qui a fait le choix de faire confiance», la défense plaide l’acquittement ou alors une complicité secondaire. Le tribunal le reconnaîtra finalement coupable d’escroquerie. Il est condamné à une peine de 30 mois avec sursis partiel. Ayant déjà subi 348 jours de préventive, Amadou est libre. Et il fera appel.

Publicité