Les attaques du ministre allemand des finances Peer Steinbrück laissent le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz de marbre. Son avis ne représente pas celui de son pays, affirme le grand argentier suisse dans un entretien au «SonntagsBlick». Si M. Steibrück croit que ses invectives vont aboutir à quelque chose, il se trompe lourdement, assène le chef du Département des finances.

Peer Steinbrück n’a pour l’heure transmis aucune demande officielle de rencontre. Vendredi, en marge du sommet européen à Bruxelles, répondant à des journalistes allemands, il avait signalé son intention de rencontrer son homologue helvétique. A ce stade, c’est la ministre suisse des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, qui se rendra à Berlin le 1er avril. Elle y rencontrera son homologue, Frank Walter Steinmeier. Elle lui expliquera les dernières décisions du gouvernement suisse en vue d’assouplir le secret bancaire à la demande, lors de soupçons fondés d’évasion fiscale.

Pour l’instant, trois pays ont signalé leur intérêt à saisir l’offre de la Confédération et à négocier un nouvel accord fiscal: la France, les Etats-Unis et le Japon. Le Conseil fédéral a déjà dit qu’il entendait donner la priorité aux Etats-Unis. Il précisera mercredi prochain comment il veut procéder à l’avenir pour respecter les pratiques internationales fixées par l’OCDE en matière d’entraide contre l’évasion fiscale.

Si un nouvel accord de double imposition est négocié avec les Etats-Unis, la Suisse pourrait demander des contreparties. C’est ce qu’a suggère Hans-Rudolf Merz dans la presse dominicale. La législation de certains Etats américains s’écarte des standards internationaux, souligne-t-il. «Dans le Delaware, on peut très facilement ouvrir des comptes, le principe du «connais tes clients» n’ayant pas cours», constate-t-il. Dans les futurs entretiens qu’elle aura avec l’administration Obama, la Suisse pourrait exiger un meilleur respect des standards internationaux par les Etats-Unis. «Faute de quoi nous pourrions réfléchir à des moyens d’attirer de façon légale des capitaux», suggère M. Merz. Le Conseil fédéral est pressé par les Chambres fédérales à se montrer plus agressif et plus exigeant. Ces derniers jours, le parlement a en effet exhorté le gouvernement à refuser des concessions sans contrepartie.

Hans-Rudolf Merz se dit en outre confiant que la Suisse ne figurera pas sur une liste noire. «Nous recevons actuellement des signaux positifs de l’UE», qui donnent à penser que le G20 ne mettra pas la Suisse à l’index. Sa colègue Eveline Widmer Schlumpf a pour sa part déclaré à la Radio Suisse romande avoir reçu des garanties de plusieurs Etats que la Suisse ne figurerait pas sur une liste noire du G20.