La tâche de Pascal Couchepin se complique dans le dossier de l'AVS. Son propre groupe parlementaire a procédé ce week-end à un revirement stratégique lors d'un séminaire à Thoune – en l'absence du ministre de l'Intérieur – appelant désormais le peuple à rejeter le 16 mai prochain l'augmentation de TVA de 1,8% prévue pour consolider financièrement l'AVS et l'AI.

Les radicaux ne contestent pas que le 0,8% de hausse prévu pour l'AI soit nécessaire. Ils proposeraient du reste de reprendre cette mesure au parlement en cas de non le 16 mai. La hausse de 1% pour l'AVS n'est en revanche pas indispensable à court terme pour équilibrer les comptes de l'institution. Or, les radicaux ont fixé ce week-end comme principe pour toute la législature de refuser toute hausse d'impôts «anticipée» ou «à titre préventif».

Le second motif invoqué par le groupe radical est d'ordre tactique. Sa grande crainte est que le peuple accepte, le 16 mai, d'injecter de nouveaux moyens dans l'AVS, mais refuse simultanément les mesures moins populaires qui lui seront proposées simultanément dans la 11e révision de l'AVS (élévation de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans, certaines coupes dans les prestations aux veuves, etc.), comme l'a souligné samedi le vice-président du groupe Felix Gutzwiller (ZH). Ce cas de figure mettrait la gauche en position de force pour dicter la suite des réformes dans l'AVS. Un double non répartirait les fruits de la victoire à gauche et à droite.

Le problème est que cette tactique affaiblit les chances de la 11e révision de passer la rampe le 16 mai. Or, Pascal Couchepin a impérativement besoin d'une victoire en la matière pour espérer rebondir sur les retraites, dossier sur lequel il est acculé à la défensive depuis la polémique qu'il a suscité el'an dernier en évoquant la perspective d'une élévation à terme de l'âge de la retraite à 66 ou 67 ans pour les deux sexes. Le conseiller fédéral ne cache pas, du reste, que le revirement du groupe radical le laisse «songeur». Il y voit l'expression d'une «culture politique» centrée sur le court terme et les impératifs de la politique spectacle, à laquelle s'oppose la tradition, à laquelle il veut rester fidèle, orientée sur la résolution réelle des problèmes en intégrant une vision à moyen et long terme.

Le revirement du groupe radical représente en tout état de cause un alignement sur l'UDC, qui au parlement avait été seule à rejeter le relèvement de la TVA. Il y a quatre jours, economiessuisse avait également décidé de prôner le non le 16 mai prochain. Cette décision semble significative de l'évolution que compte prendre le groupe radical durant ces quatre prochaines années. Il n'entend pas ou plus guère se distinguer des «autres formations bourgeoises» en matière de politique financière et économique, a-t-il décidé à Thoune. La différence que les radicaux entendent cultiver avec l'UDC en particulier, et ce de manière plus radicale que jusqu'ici, est une attitude «ouverte, tolérante et moderne» sur les questions de société, comme l'a formulé samedi le conseiller aux Etats Rolf Schweiger (ZG). En clair, les radicaux entendent incarner le libéralisme dans toutes ses dimensions et dans tous les sens du terme. Une première conséquence visible sera le soutien que les radicaux devraient très majoritairement apporter à la libéralisation de la consommation de cannabis, réforme à laquelle ils avaient contribué de manière significative à faire barrage une première fois peu avant les élections fédérales.

Prochain test crucial

Le PRD marque en tout cas une volonté d'émancipation par rapport à son rôle traditionnel d'allié quasi indéfectible du Conseil fédéral lors des campagnes de votation. On peut y déceler une certaine «merzisation» du parti, autrement dit un certain alignement tant sur le fond qu'au niveau du style sur le nouveau conseiller fédéral appenzellois. La SonntagsZeitung y voit elle la (re)montée en puissance des radicaux zurichois, et en particulier du conseiller national Filippo Leutenegger, créateur et ancien animateur-vedette de l'émission politique phare de la TV alémanique Arena. L'aile droite semble en tout état de cause avoir le vent en poupe.

Le prochain test crucial chez les radicaux devrait concerner l'assurance maternité, autre dossier en mains de Pascal Couchepin, sur lequel les Suisses devraient voter en automne suite à un référendum de l'UDC. Au Parlement, de nombreux sénateurs radicaux s'étaient abstenus au moment du vote final. Filippo Leutenegger est dans le camp des opposants. Et les milieux économiques sont divisés. Hans-Rudolf Merz n'est guère enthousiaste à défaut d'être franchement contre. A Thoune, le sujet n'a pas été abordé ce week-end.

La polarisation de la politique suisse semble bel et bien en marche. Le centre est désormais en mouvement. Une tendance observable aussi au PDC, où elle semble toutefois moins résulter d'une volonté des élites du parti que d'une «base» qui s'affirme. L'engagement du PDC contre le contre-projet Avanti en est une première illustration. Au vu des dynamiques internes actuellement, il ne serait pas complètement surprenant que le PDC finisse par s'opposer à la 11e révision de l'AVS voire peut-être même au paquet fiscal.