Le patron de l'Office fédéral de l'environnement sait donc donner un tour pragmatique à sa réflexion sur les rapports entre l'homme et la nature, qu'il mène régulièrement, comme il le raconte lui-même, dans son enclos genevois où il élève des lapins et accueille des sangliers. Ces derniers temps, son image avait pourtant été brouillée par sa détermination à assurer la réintégration du lynx et du loup. Des voix s'élevaient pour reprocher à Philippe Roch de favoriser ces prédateurs quitte à nuire à ses concitoyens. Sa conception d'un milieu naturel autorégulé a dès lors généré de fortes crispations dans ses relations avec les agriculteurs des régions exposées au retour de ces carnassiers. Aux yeux de beaucoup, le militant écologiste avait repris l'avantage sur le haut fonctionnaire que Philippe Roch est devenu il y a sept ans. Que cela soit à Fribourg avec le lynx, ou en Valais pour le loup, les solutions qu'il a préconisées n'ont que partiellement convaincu.

La réussite d'une médiation inespérée sur les rives du lac de Neuchâtel donne donc une crédibilité nouvelle au chef de l'Office fédéral de l'environnement. Car il avait affaire là à un antagonisme exacerbé. Il aurait pu persister à plaider pour les poules d'eau et les mésanges à moustache. Il a choisi d'écouter les populations qui vivent elles aussi avec le lac, le temps de percevoir l'attachement de ces gens à leur coin de nature. Au terme de cette promenade pacificatrice qui l'a amené à remettre en question sa propre politique, Philippe Roch a fait la preuve qu'il sait aussi nourrir une philosophie de l'action.

A. By