Quitter la frénésie de Londres pour le calme et la tranquillité helvétiques. Eleonora et Roberto Robiolio, un couple d’Italiens sur le point de devenir parents, en rêvaient. Après plusieurs mois de recherche, ils trouvent l’endroit idéal et acquièrent, en novembre 2016, pour plus de 5 millions de francs, un chalet situé sur la commune de Lens, à quelques encablures du golf de Crans-Montana. Pourtant, ils n’y emménageront jamais.

«Plus que la bâtisse, qui nécessitait des travaux, c’est sa situation qui nous a plu», explique Eleonora, depuis Rome où le couple vit désormais. La parcelle, de près de 3500 m2, est située au bout d’une petite rue en cul-de-sac, face à une immense zone vierge de toute habitation. Ils s’imaginent déjà élever leur futur enfant dans ce décor qu’ils trouvent idyllique.

Sur cette thématique: Crans-Montana, une histoire d’or blanc

Après quelques mois passés en Italie, le couple revient sur le Haut-Plateau en mai 2017. Ils découvrent alors, dans leur boîte aux lettres, une missive d’un avocat de promoteurs, datée du mois de mars. Ce dernier leur demande de passer à son étude pour finaliser la vente d’une partie de leur propriété (813 m2), dans le cadre d’un projet mêlant hôtel et bains thermaux. Eleonora et Roberto tombent des nues. «Nous n’avions jamais entendu parler de ce projet, alors que, semble-t-il, des négociations étaient avancées avec tous les propriétaires concernés», fulmine Eleonora.

Une même zone, deux attestations différentes

Dans l’acte de vente, la famille du Haut-Plateau qui leur vend le bien garantit n’être au courant d’aucune procédure en lien avec la propriété. L’omission du vendeur est renforcée par l’attestation de zones fournie par la commune, lors de la transaction immobilière. Si la majorité de la propriété est en zone à bâtir, selon ce papier, 813 m2 sont en «zone destinée à la pratique des activités sportives et récréatives» (zone 11), où «les constructions et installations entravant la pratique de telles activités y sont interdites», d’après le règlement communal sur les constructions.

Si nous avions su tout cela, jamais nous n’aurions acheté ce chalet.

Eleonora et Roberto ne se doutent donc pas qu’un hôtel puisse voir le jour sur la zone vierge attenante à leur parcelle. Le problème, c’est que les promoteurs détiennent une autre attestation de zones. Selon ce document, une partie de la surface qu’ils souhaitent acquérir est notamment en «zone d’équipement public et touristique», où la construction d’un hôtel est autorisée.

Pour la même parcelle, la commune de Lens a donc fourni deux attestations de zones différentes, l’une en novembre 2016 et l’autre en mars 2017, alors que le plan d’affectation des zones (PAZ) n’a pas évolué depuis octobre 2013. «Si nous avions su tout cela, jamais nous n’aurions acheté ce chalet», assure Eleonora, qui se sent flouée. Et cette question qui se pose, la commune a-t-elle agi de manière à favoriser une famille de la région?

«La bonne attestation aurait pu rendre attentif le couple»

David Bagnoud, président de Lens, réfute ces allégations. Il nie toute connexion entre les vendeurs et l’administration communale. «Nous avons deux employés au cadastre, trois au service technique, mon secrétaire et moi-même devons également nous pencher sur ces documents, il faudrait que nous soyons tous de mèche si nous voulions favoriser une des parties lors d’une transaction immobilière», explique le président de commune. Pourtant, Florian Vuistiner, le responsable du service technique de la commune, reconnaît que «la bonne attestation aurait pu rendre attentif le couple au projet hôtelier en gestation». Et dès lors modifier leur décision. Mais il précise que des constructions peuvent également voir le jour en zone 11.

Lire également: La beauté intérieure du Crans Ambassador

Pour expliquer cette mésaventure, David Bagnoud évoque «une regrettable erreur de la commune». Le président de Lens précise que l’attestation reçue par le couple n’est «pas fausse, elle est simplement incomplète». Pour la délivrer, l’administration s’est basée sur le PAZ de la commune, qui date de 1998, et elle a oublié de prendre en compte la modification intervenue en 2013. «Notre PAZ est en constante évolution, une erreur peut malencontreusement se produire dans le cadre des nouvelles homologations», souligne David Bagnoud.

Une simple erreur administrative, Eleonora et Roberto n’y croient pas. Ils ont décidé de se battre devant la justice. Deux procédures, l’une civile et l’autre pénale, sont en cours. La première vise à annuler la vente du bien, la seconde à faire toute la lumière sur cette affaire, pour savoir comment une telle situation a pu se produire.