Vêtue de noir, Nathalie, cible manquée et désormais ex-épouse du financier qui voulait sa mort, s’avance pour témoigner. Moment grave. La présidente du Tribunal criminel dit qu’elle n’a qu’une seule question. Elle en aura d’autres, évidemment.

D’une voix sûre, la victime, retenue incarnée, affirme qu’elle s’est bien évanouie sous les coups et surtout les manœuvres d’étranglement du colosse. C’était la réponse à la première question.

Elle est soulagée d’avoir survécu et de s’en être sortie sans blessure grave. «On a besoin de chance dans la vie.» C’est ce qu’elle dit désormais à ses deux enfants. Ils avaient 10 et 11 ans au moment des faits, n’aiment pas trop parler de cette histoire et ne veulent pas avoir de contact avec leur père. Ils vivent désormais au Brésil avec leur mère.

Ensuite, Nathalie raconte le choc. «Le plus terrible pour moi a été d’apprendre l’incarcération de mon mari. Jusqu’à ce jour, jamais je n’ai imaginé qu’il puisse me faire du mal.»

Solide, cette femme. Dure, même. Cela doit venir de ses origines anglaises. Elle se retourne et regarde son ex-mari droit dans les yeux pour qu’il comprenne vraiment le message: «Les enfants vont bien. C’est important de les laisser en paix. Ils en ont besoin. Ce n’est pas contre toi, c’est pour leur reconstruction et pour la mienne. Je suis le parent qui doit s’en occuper.» Le prévenu fait mine d’acquiescer.

L’argent. Thème omniprésent dans ce dossier. Le toujours très aimable procureur Johan Droz demande quelle était la position de Madame peu avant les faits: «Je voulais divorcer mais pas dans les termes économiques voulus par mon mari.»

Marc Bonnant n’a pas de question. C’est rare. Il se lève tout de même pour saluer «une victime si digne, qui ne geint pas, qui ne pleurniche pas, qui ne hait pas». La présidente: «Maître, je vous laisserai plaider la semaine prochaine.»

Pour une fois, Jacques Barillon souscrit à ce qu’a dit le conseil de la partie plaignante. Bref instant de réconciliation. La défense en profite pour faire remarquer à la victime qu’elle paraissait très émue lors de l’interrogatoire de son mari. «Oui. J’ai été touchée par sa souffrance, qui est aussi la mienne.»

La défense ose s’aventurer sur un terrain mouvant. Yaël Hayat, autre avocate du gérant de fortune, évoque le père et ses enfants. Dans le langage sportif, on appellerait ça un autogoal. La victime se crispe, dépeint un homme qui pouvait être doux mais aussi très violent dans le verbe, qui a mis une forte pression pour parler du divorce aux enfants dans une période tendue, qui n’était pas si présent que cela pour eux. Elle se tourne encore vers lui: «Il n’a jamais été question de te faire souffrir avec les enfants et tu le sais.»

L’argent, encore. Et une réponse tout aussi cinglante de la partie plaignante. «Notre fortune immobilière commune était non négligeable. Je voulais retrouver ma liberté et je pensais que les liquidités, qui étaient le fruit de mon labeur, me revenaient. Je ne demandais aucune pension et je trouvais ce partage plus juste. Je lui en ai parlé à plusieurs reprises mais je me suis retrouvée face à un mur.»

Oublié à force de discrétion, Claudio Fedele, l’avocat du colosse, se rappelle au souvenir de la cour. Il a aussi des questions sur le déroulement de l’agression. Et son grand mystère. Pourquoi les chiens n’ont-ils pas aboyé? Surtout les chihuahuas. Très bruyants, les petits. «Même le dimanche», ironise Marc Bonnant. Pas de repos confessionnel pour ces toutous.

Tout premier témoin de ce procès. Ceux que la procédure appelle les «témoins de moralité». Ils sont là pour dépeindre un prévenu, en bien de préférence.

C’est la première femme du financier. Leur divorce s’est bien et vite passé. Il n’y avait pas d’argent en jeu et il a joué son rôle de père pour leur fils. Il n’y a pas trace d’un drame qui aurait à ce point marqué le petit ou le prévenu et qui pourrait expliquer une sorte de hantise – le mobile – de ce dernier pour toute future séparation. Me Hayat insiste. Bon. Au départ, c’était un peu difficile.

Cette première épouse est allée voir le prévenu en prison. Au début, il avait pris un coup. Puis, il s’est questionné et reconstruit. Elle lui a apporté des ouvrages pour l’aider. Me Bonnant s’interroge. Quels étaient leurs sujets? «Le rapport à la mère, par exemple», dit le témoin. «Le rapport à la mère qu’on assassine?» ironise l’avocat.

L’incarcération aura au moins réconcilié le gérant de fortune avec la psychiatrie et la religion. Un classique.

Petit incident d’audience. Marc Bonnant fait remarquer que cette première épouse vient de mentir à la barre s’agissant du mandat confié par elle et son fils à un détective privé (le fameux qui a trempé dans l’affaire Giroud) pour pister Nathalie, à l’époque où le financier criait encore au complot. Les détectives, un sujet en vogue.

Le conseil de la partie plaignante demande qu’une information pour faux témoignage soit ouverte. Le procureur a aussi remarqué, n’a rien dit et songe encore. Comme si cette histoire n’était pas déjà assez compliquée comme ça.