Genève

Mesure d'économies à Genève: la scène culturelle aussi frappée

Alors que la fonction publique est dans la rue, les acteurs culturels découvrent les coupes prévues: l'Etat réduira ses subventions de 5% d'ici à 2018. Certains patrons d'institutions déplorent une méthode jugée brutale

Un coup de gourdin, plutôt que la massue. Mais quand même. Claude Ratzé prend connaissance lundi de la lettre du Conseil d’Etat. Le directeur de l’Association pour la danse contemporaine (Adc) lit, sonné, ces mots: «(...) notre Conseil n’a d’autre choix que d’imposer également à toutes les entités formant le Grand Etat une réduction correspondant à 5% des charges du personnel...»

En clair, les mesures d’économie ne concernent pas seulement la fonction publique, elles impliquent aussi les institutions culturelles subventionnées. L’Adc, donc, le Théâtre de Carouge, mais  aussi la Comédie, le Poche, la Fondation Bodmer à Cologny, les écoles de musique notamment. Leurs directions ont comme mission de réaliser 5% d’économie par rapport à la subvention de 2015, d’ici à 2018.

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Pas de cri d’orfraie dans le milieu, mais une perplexité contagieuse. En septembre, il était informé d’une baisse de la subvention de 1% pour l’année 2016. «Tout le monde est pris de court, commente Claude Ratzé. Je comprends que nous affrontons une crise, que l’effort doit être partagé, mais la méthode est détestable. Il n’y a pas de concertation et ça nous tombe dessus.»

«Changement d'échelle»

Thomas Boyer, le président de la Fondation d’art dramatique qui chapeaute la Comédie et le Poche, s’avoue lui aussi désarçonné: «Nous avons entériné en septembre la baisse de 1% de la subvention de l’Etat (2,450 millions ndlr) , ce qui représente 24 500 francs. Mais là nous changeons d’échelle. Qu’est-ce qu’on entend par économie sur les frais du personnel dans un domaine où la plupart des contrats sont à durée déterminée?»

Les réponses à ces interrogations, il faut les chercher auprès d’Aldo Maffia, directeur des subventions au sein du Département de l’Instruction publique. «Notez que l’objectif des 5% s’applique à toutes les entités subventionnées, culturelles ou autres. L’effort demandé est graduel à hauteur de 5% jusqu’en 2018. Autrement dit, un établissement qui bénéficierait d’une aide de 400 000 francs en 2015 verra celle-ci baisser de 1% en 2016, de 2% en 2017 et de la même proportion en 2018. A ce moment sa subvention se montera à 380 000 francs. »

Cosmétique, l’économie? Aldo Maffia l’estime à 2,8 millions d’ici à 2018 pour l’ensemble du secteur culturel qui inclut le soutien aux écoles de musique (l’Etat consacre 1% de son budget à la culture, ndlr.) Sur le papier, ça paraît modique. Les institutions concernées pourront certes réduire comme elles l'entendent leurs charges, mais il n'est pas sûr qu'elle apprécient ce gourdin.

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