Commentaire

Les mesures lausannoises contre le harcèlement de rue? Un numéro d'esbroufe

COMMENTAIRE. La municipalité a présenté un plan d'action contre le harcèlement de rue, mais il s'agit, au mieux, d’un effet de manche. Croit-on vraiment faire peur aux harceleurs à coups de formulaires?

Les mesures annoncées par la Ville de Lausanne concernant le harcèlement de rue sont pavées de bonnes intentions. Dans le contexte actuel, il apparaît même comme le comble de la modernité et de la réactivité de lancer une telle stratégie de lutte.

A ce propos: Lausanne prend des mesures contre le harcèlement de rue

Il s’agit, cependant, au mieux d’un effet de manche, au pire d’un numéro de pure esbroufe. Le municipal en charge n’a – c’est l’évidence et tant mieux pour lui – jamais été confronté aux problèmes concrets. La réalité demeure en effet prosaïque, de nombreux témoignages de femmes le répètent: l’essentiel du harcèlement de rue est, à Lausanne, le fait de groupes d’hommes précarisés ou liés à des trafics illicites. Dans ce contexte, sensibiliser les policiers, passer dans les écoles, semble très louable, mais pour quel résultat? Quand au formulaire – c’est décidément la mode – destiné à dénoncer les infractions sans dépôt de plainte, il serait juste cocasse si l’on n’était pas en face d’une affaire sérieuse.

Il est quasi impossible aujourd’hui pour une jeune femme de passer dès la nuit tombée dans certains endroits du centre-ville sans essuyer des remarques déplacées, parfois être suivie sur quelques mètres: oui, les dealers de drogue qui ont pignon sur rue dans Lausanne sont souvent parmi les principaux harceleurs. Vu la remarquable inefficacité avec laquelle les autorités combattent ce phénomène, croit-on vraiment faire peur aux harceleurs à coups de formulaires? Il sera possible de dénoncer et l’on se contentera de répertorier les cas, créant une sorte de cartographie du harcèlement. A Lausanne, on risque 100 francs si l’on crache par terre, mais, faute de base légale, rien si l’on fait des remarques salaces à une femme dans la rue. Cela s’appelle avoir le sens des priorités.

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