Urbanisme 

La métamorphose de la Rade est lancée

La ville et le canton de Genève ont dressé une liste de propositions pour réaménager les quais et faciliter l’accès à l’eau pour la population

Améliorer l’accès à l’eau tout en respectant le patrimoine, libérer de l’espace au profit des piétons: les autorités cantonales et communales genevoises ont de grandes ambitions pour transfigurer la Rade. Elles ont présenté ce lundi un plan directeur destiné à cadrer les aménagements de ces prochaines décennies. Un premier crédit d’étude pour réaménager le quai Wilson en dégageant un accès au lac devrait être déposé d’ici à la fin de l’année.

Face au Léman sur lequel se dessine la trajectoire d’un jet-ski, haussant la voix pour couvrir le bruit de la circulation, le président du Conseil d’Etat, Antonio Hodgers, a dressé un constat peu reluisant: «Aujourd’hui, la Rade est un tout incohérent, le résultat d’une addition de petites politiques qui ne sert pas le plus grand nombre.» Pour le magistrat chargé du Département du territoire, le succès de la plage des Eaux-Vives, inaugurée cet été, prouve que la demande est forte en termes de baignade et de loisirs lacustres. «Le potentiel est énorme, à nous de l’exploiter.»

Processus participatif

Derrière «l’image directrice» dévoilée conjointement par la ville et le canton, un processus participatif qui a démarré en 2016 avec le concours d’idées lancé par Guillaume Barazzone, alors maire de Genève. Dès 2017, les autorités ont mené des concertations avec l’ensemble des milieux concernés: protection de la nature et du patrimoine, acteurs du tourisme, associations de quartier, usagers, etc. A l’arrivée, une palette de grands principes «qui ne resteront pas de simples lignes sur le papier, mais serviront de base contraignante à tout projet de valorisation de la Rade dans les années à venir», a insisté Guillaume Barazzone, aujourd’hui responsable du Département de l’environnement urbain et de la sécurité.

Lire aussi: Leïla el-Wakil: «La rade genevoise, un énorme bazar, hélas»

Renforcer les liens entre la ville et le lac, faciliter l’accès à l’eau, optimiser l’organisation des ports commerciaux et de plaisance ou encore supprimer le stationnement, les lignes directrices retenues répondent à un impératif: libérer de la place. Dès 2020, les dériveurs du quai Gustave-Ador seront déplacés au Port-Noir, tandis que les entreprises lacustres déménageront, en 2022, dans le futur port du Vengeron. Les cabanes de pêcheurs actuelles seront regroupées au sein de la Maison de la pêche, située dans le prolongement de la plage des Eaux-Vives.

Passerelle piétonne

Autre changement annoncé: une passerelle piétonne attenante au pont du Mont-Blanc. «Un crédit de réalisation de 20 millions de francs sera déposé devant le Conseil municipal d’ici à la fin de l’année», précise Rémy Pagani, chef du Département des constructions et de l’aménagement. Trois variantes restent possibles à ce jour dont celle imaginée par l’architecte Pierre-Alain Dupraz, vainqueur du concours d’idées en 2016. Loin de se limiter à une simple «opération cosmétique», le plan concocté par les autorités genevoises ambitionne de métamorphoser le «joyau lacustre» qu’est la Rade.

Perspective transfrontalière

Les réflexions sur le réaménagement de la Rade ne datent pas d’hier. «Dans une ville dense comme Genève, qui plus est située dans une cuvette, l’accessibilité à l’eau est une nécessité, estime Marcellin Barthassat, architecte et urbaniste. On ne peut que se réjouir que les autorités en aient enfin pris conscience.» Au-delà de Genève, celui qui est aussi membre de Patrimoine suisse invite à penser le projet dans une perspective transfrontalière: «Les attentes sont désormais régionales, il faut imaginer un collier de perles autour des rives du lac, avec une continuité entre les espaces.»


Voir le plan des aménagements prévus (en PDF).

Publicité