La scène est rarissime au mois de février. D’habitude, elle se déroule en mars, voire en avril. Ce week-end, de nombreuses détonations ont retenti, en début d’après-midi, en Valais. Ces décharges, ce sont celles des explosifs qui doivent permettre de purger les pentes et ainsi sécuriser les domaines skiables, en déclenchant des avalanches.

Réalisés en pleine journée, ces minages sont dus «aux conditions actuelles de neige», explique Pierre Huguenin, responsable de l’antenne sédunoise de l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF). Le fort ensoleillement et le redoux qui touche la Suisse et les Alpes valaisannes depuis près de deux semaines modifient le manteau neigeux, le rendant humide et lourd.

Un mois plus tôt que d’habitude

«Cette évolution du manteau neigeux intervient un mois plus tôt que la normale, à cause des conditions météorologiques», reconnaît Thierry Meyer, le président de l’Association romande et tessinoise des chefs de sécurité et patrouilleurs. Elle entraîne avec elle une modification des risques liés aux avalanches. Alors que le danger est faible (1 sur une échelle de 5) pour les avalanches sèches, selon le bulletin du SLF, il est marqué (3 sur 5) pour les coulées de neige mouillée et de glissement, surtout sur les pentes raides exposées au sud et situées au-dessous de 2800 mètres.

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La situation actuelle n’est pas source de bonnes nouvelles pour les responsables de la sécurité des domaines skiables. Les coulées de neige humide sont «les pires à faire partir», précise Thierry Meyer. Il faut donc agir au bon moment pour maximiser les chances de réussite. Si les patrouilleurs interviennent en début d’après-midi, après avoir fermé les pistes concernées, c’est pour une raison évidente, indique Pierre Huguenin: «Le soleil a bien chauffé la neige et il n’est pas encore parti à l’ouest, à ces heures-là. C’est le moment où ces avalanches pourraient se déclencher spontanément. Les détonations permettent de donner un coup de pouce.» Mais cela n’est pas pour autant gage de réussite. «Si le minage peut faire la différence, il n’est pas très efficace dans la neige mouillée», déplore Pierre Huguenin.

«Sur-précautionneux» après le drame de Crans-Montana

Les bruits des détonations entendus ces derniers jours en Valais résonnent comme de tristes rappels du drame survenu mardi passé sur le domaine skiable de Crans-Montana, où un patrouilleur a perdu la vie sous une coulée qui a atteint la piste du Kandahar. «Nous sommes peut-être sur-précautionneux ces jours à cause de ce drame, reconnaît Thierry Meyer. Mais si on redouble de prudence, c’est inconsciemment, car de toute façon ce travail aurait été fait», explique-t-il, ajoutant préférer mettre une bombe de plus qu’une de pas assez.