«La méthode de calcul valaisanne avantage les grands partis»

Questions à

Le Valais doit revoir son mode d’élection au parlement, jugé peu démocratique par le Tribunal fédéral. Grégoire Nicollier, professeur de mathématiques à la Haute Ecole de Suisse occidentale Valais-Wallis, fait les comptes.

Le Temps: Quels sont les facteurs mathématiques qui influenceront les résultats des élections au parlement cantonal valaisan?

Grégoire Nicollier: Le premier des facteurs clés, c’est la démographie. La proportion d’habitants du Haut-Valais diminue. Il perdra donc des élus. Si les élections devaient être décidées selon la population de 2013, au lieu d’avoir 38 sièges sur 130, le Haut-Valais n’en aurait déjà plus que 35. Ces sièges iront à des élus du Valais romand où le PDC est moins fort. Ce parti perdra donc aussi des sièges dans cette évolution. Le second facteur, c’est l’agrandissement des circonscriptions électorales exigé par le Tribunal fédéral. Dans les petites circonscriptions, il y a peu de sièges à prendre, ceux-ci sont donc plus accessibles aux plus grands partis. Le troisième facteur, c’est le mode de calcul de la répartition des sièges.

– Celui-ci favorise les grands partis…

– Oui. Lorsque l’on répartit les sièges d’un district entre les partis en fonction des voix reçues, on calcule d’abord des chiffres à virgule. En Valais, on arrondit ce chiffre vers le bas pour obtenir le nombre de sièges. Cette méthode avantage les grands partis, alors qu’il existe un système de calcul qui les traite équitablement, quelle que soit leur taille: on arrondit vers le bas les chiffres jusqu’à 0,5 et vers le haut au-delà de 0,5. Si l’on prend cette méthode standard, en tenant compte de l’évolution démographique et sans quorum légal, en comparaison avec la composition actuelle du parlement, le PDC du Valais romand perdrait 1 siège, les noirs du Haut-Valais 3, les jaunes du Haut-Valais 1, le PLR 1. L’UDC et Les Verts gagneraient 3 sièges chacun.

– Le parlement valaisan hésite entre deux variantes. L’une définit 6 grandes régions, l’autre fait de même mais maintient une sous-répartition par district. Quelle est la différence?

– Mathématiquement, il n’y en a aucune. Chaque grande région et chaque parti obtiendront le même nombre de sièges dans les deux cas. La seule raison de maintenir les districts c’est une sorte d’attachement psychologique au fait que l’habitant de Conches sera certain d’avoir un élu de son district plutôt qu’un élu de Brigue. Ce qui serait vraiment bien, c’est de pouvoir garantir un nombre de sièges au Haut-Valais, par le biais d’une élection à la double proportionnelle au niveau cantonal. Cela ne favoriserait aucun parti.

– Quel est le facteur qui permet de favoriser le plus certains partis?

– Le quorum légal, qui dit en Valais qu’il faut 8% des voix au minimum pour prétendre à un siège, a pour effet de diminuer l’équité de la répartition des sièges. Il permet aux partis déjà en place de rendre difficile l’accès aux sièges pour les petits partis et d’éviter leur concurrence.